Hausse du budget de l'Éducation nationale : "On a appris à se méfier des mots, il faut passer aux actes très rapidement", avance le Snes-FSU

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat d'enseignants Snes-FSU, était invitée sur franceinfo lundi matin. Déçue par les effets d'annonce du précédent ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, elle reste dans l'expectative face à la "hausse historique" du budget de l'Éducation nationale promise par Gabriel Attal. 

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Un collège de Saint-Lô, en 2021. (LUCIE THUILLET / FRANCE-BLEU COTENTIN)

"On a appris à se méfier des mots, on est dans une situation d'urgence donc maintenant il faut passer aux actes très rapidement", a déclaré ce lundi sur franceinfo Sophie Vénétitay, secrétaire générale Snes-FSU alors que Gabriel Attal a présenté les principaux arbitrages pour le budget 2023 des différents ministères. Le ministre des Comptes publics annonce une "hausse historique" de 3,6 milliards d'euros pour l'Éducation nationale.

franceinfo : Cette annonce est-elle un bon signal ?

Sophie Vénétitay : On a appris à se méfier des mots et des effets d'annonce. Gabriel Attal parle d'une hausse historique mais Jean-Michel Blanquer avait utilisé exactement le même adjectif pour parler d'une revalorisation historique des enseignants et cela s'était traduit par une prime qui ne concernait que la moitié des enseignants et elle était de 28,50 euros. Donc on a appris à se méfier des mots et il faudra voir ce que ça donne dans les actes. Ce sont des chiffres en valeur absolue, il faut voir ce que ça donne par rapport à l'inflation. Les annonces sur les salaires sont très loin du compte alors que l'Éducation nationale traverse une grave crise du recrutement. On est dans une situation d'urgence donc maintenant il faut passer aux actes très rapidement.

Emmanuel Macron souhaite que tous les enseignants débutants gagnent au moins 2 000 euros net en début de carrière. A-t-on progressé ?

C'est quelque chose qui va dans le bon sens mais il faut aussi penser au reste de la carrière. Aujourd'hui, un enseignant qui est à 13 ou 14 ans d'expérience gagne 2 000 euros. Je vais entrer dans ma 13e année d'enseignement et je gagne 2 000 euros. Donc, est-ce que cela veut dire que d'ici quelques mois un enseignant débutant gagnera la même chose que moi, qu'il n'y aura pas de perspective d'évolution de carrière ? Ce sont des questions auxquelles il va falloir répondre et cela prouve qu'il va falloir augmenter le salaire des enseignants et de tous les enseignants pas seulement les débuts de carrière.

Le métier d'enseignant est peu attractif. Est-ce qu'il y aura assez d'enseignants à la rentrée ?

Ce sera une rentrée sous le signe du bricolage, on a beaucoup entendu le ministre de l'Éducation nationale annoncer qu'il y aurait un professeur devant chaque classe. Je note que l'adjectif 'formé' a disparu. Il ne dit plus qu'il y aura un professeur formé devant chaque classe parce que les recrutements ont été faits à la va-vite par des job-dating, des petites annonces et on ne sait pas comment ces collègues vont être formés. On voit bien que le ministère est dans l'affichage. Si on veut être ambitieux il faut recruter et pour recruter il faut donner un vrai signal en matière salariale.

À quoi est dû ce manque d'intérêt ?

Aux conditions de travail. En collège et en lycée on a des classes à 30, 35 élèves voire plus. Ce sont des conditions de travail difficiles parce que c'est compliqué de pouvoir s'occuper de tous les élèves. On voit bien aussi que notre métier a perdu de son sens avec toutes les réformes qui se sont enchaînées sous le quinquennat avec Jean-Michel Blanquer. On court après les notes, on est sous pression. Il faut diminuer le nombre d'élèves par classe et revenir sur des réformes qui ont fait beaucoup de mal à notre métier. C'est une bonne chose qu'il puisse y avoir une diminution des effectifs dans le premier degré mais il faut poursuivre cet objectif dans les collèges et les lycées. Pour cela, il va falloir créer des emplois et je rappelle que sous le quinquennat de Jean-Michel Blanquer 7 900 emplois ont été supprimés dans les collèges et les lycées. On entasse les élèves dans les classes sans se soucier de leurs difficultés.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Syndicats

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.