Surconsommation ou simple stratégie d'achat : le Black Friday, ses partisans et ses adversaires acharnés

Pour ou contre le Black Friday ? La journée de promotions XXL venue des États-Unis déclenche une polémique contre la surconsommation et le gaspillage. 

Black Friday illustration, le 24 novembre 2017.
Black Friday illustration, le 24 novembre 2017. (DAMIEN MEYER / AFP)

Il a fait une entrée discrète en France en 2013 mais en quelques années seulement, le Black Friday est devenu un évènement majeur du commerce. Six milliards d'euros devraient être dépensés. Plus d'un Français sur deux a en effet l'intention de faire des achats, comme Brigitte qui a découvert le Black Friday depuis quelques années et qui, depuis, le "guette" : "Il me faut un portable et puis une machine à laver la vaisselle, donc je vais en profiter parce qu'il y a quand même des prix très intéressants. Le matin, on va aux trucs les plus chers et puis l'après-midi, ce sera les jouets. Un jouet que je vais payer 25 euros au lieu de 40, je le prends !"

Une stratégie d'achat pour les pro Black Friday

Les hypermarchés pensent doubler voire tripler leurs ventes non alimentaires de jouets, son, image, informatique ou électroménager. En ligne, à travers le monde, Amazon aurait gagné plus de deux milliards d’euros il y a deux ans.

C'est plutôt une opportunité. À quatre semaines de Noël, on prépare à l'avance ce qu'on veut acheter et on se dit que pour le même prix, on peut acheter plus de choses. Un Français, adepte du Black Fridayà franceinfo

"On sait que le trafic sur les sites a tendance à doubler, précise Marc Lolivier de la Fevad, la fédération du commerce par internet et de la vente à distance. Le chiffre d'affaires, lui, triple. Je pense qu'on a beaucoup exagéré le côté surconsommation. C'est vraiment devenu pour 90% des gens une occasion de faire les achats de Noël donc on est sur une stratégie d'achat. C'est aussi un petit peu le reflet de la crise."

Une surconsommation nocive, selon les anti Black Friday  

Les anti Black Friday dénoncent eux une surconsommation. 680 marques appellent à boycotter les promotions comme Sessun, Bonne gueule ou encore Le grand dressing dans la mode, Naturalia dans l'alimentaire, Tediber au rayon maison ou Nature et Découvertes. Idem pour Faguo, une marque de vêtements et baskets écoresponsables. Vous ne les trouverez pas à prix barrés. "On est dans un tunnel d'achat où on ne demande pas aux clients de réfléchir mais d'acheter, dénonce le patron de la marque, Nicolas Rohr. C'est pour ça qu'on est ensemble pour dire 'Sensibilisons-nous à une mode qui dit moins mais mieux' !"

Certes, moins de promotions pour le consommateur mais un "prix plus juste", défend Nicolas Rohr. "Humainement, je crois qu'on est câblé pour aimer la promotion parce qu'on a l'impression qu'on fait une affaire. Mais, à l'heure où les promotions se généralisent toute l'année, ce qu'on espère c'est qu'il y ait moins de périodes avec un flou des prix où le consommateur ne comprend finalement plus rien à ce qu'il se passe."

Les députés espèrent interdire ces promotions. Plus fort encore : les Suédois viennent d'inventer le "köpskam", sur le modèle de la honte de prendre l'avion, qui mise sur la culpabilité paralysante du consommateur.

Au-delà du Black Friday, se dessine une "fracture française"

Mais le problème va bien au-delà du Black Friday. À travers cette polémique, on retrouve toute la société française, selon Guénaelle Gault, directrice générale de l'Obsoco (observatoire société et consommation) qui publie une étude sur nos ambivalences de consommateurs : "Le Black Friday est sur un modèle de consommation de masse du XXe siècle. C'était une question de quantité, d'accumulation des biens matériels. Là, on est en train de passer à une économie des solutions, de la qualité." 

À un extrême, il y a les 'gilets jaunes', qui veulent consommer plus, à l'autre bout du spectre, vous avez les Extinction rébellion qui nous disent 'Block Friday'!Guénaelle Gault de l'Obsocoà franceinfo

"Et entre les deux, les questions que se posent les consommateurs sont des questions qui ont trait à notre modèle de développement, poursuit Guénaëlle Gault. Et on voit aussi qu'il y a une petite fracture française qui se dessine."  

Peut-être une place, non plus pour le Black Friday, le Cyber Monday ou autre mais pour le Giving Tuesday, le mardi de la générosité, dont la deuxième édition française aura lieu le 3 décembre. Le mouvement avait émergé l'an dernier à la suite d'une baisse considérable des dons, avec pour objectif d'"insuffler un élan de générosité". Mission accomplie en 2018 avec une augmentation de 70% des dons sur Internet (sur la base des dons versés aux organisations utilisant la plateforme don iRaiser) par rapport au même jour en 2017.

La polémique Black Friday - Reportage de Sophie Auvigne
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