VRAI OU FAKE Le Black Friday vient-il vraiment d'une tradition esclavagiste ?

A quelques jours du Black Friday, de nombreuses publications postées sur les réseaux sociaux  laissent entendre que le nom de cette journée de soldes serait, à l'origine, une tradition esclavagiste. C'est faux.

Des vitrines du centre-ville de Mulhouse annonçant l\'opération \"Black Friday\", le 26 novembre 2019
Des vitrines du centre-ville de Mulhouse annonçant l'opération "Black Friday", le 26 novembre 2019 (VINCENT VOEGTLIN / MAXPPP)

A la veille du Black Friday, qui aura lieu ce vendredi 29 novembre, de nombreuses publications partagées sur les réseaux sociaux avancent que cette journée de soldes trouve son origine dans une grande vente annuelle d’esclaves à prix bradés à l’époque de la traite négrière. 

Extrait d\'un post Facebook reliant le Black Frdiay à la traite négrière.
Extrait d'un post Facebook reliant le Black Frdiay à la traite négrière. (CAPTURE D'ÉCRAN)

"Le Black Friday était le jour où les noirs étaient exposés sur la place publique pour être vendus à prix très bas. Les maîtres esclavagistes venaient ainsi 'liquider' les esclaves qui leur restaient", croit savoir une internaute dans un post Facebook partagé le 22 novembre 2019. La page Facebook "Ouvre les yeux" appelle même à boycotter l’événement de vente au rabais "en hommage à tous ceux morts en esclavage".

Tweet reliant le Black Friday à la traite négrière.
Tweet reliant le Black Friday à la traite négrière. (CAPTURE D'ÉCRAN)

Le Black Friday vient-il vraiment d'une pratique esclavagiste comme l'affirme ce message qui revient désormais chaque année sur les réseaux sociaux ? La Cellule Vrai du faux vous explique pourquoi c'est improbable.

Tweet reliant le Black Friday à la traite négrière.
Tweet reliant le Black Friday à la traite négrière. (CAPTURE D'ÉCRAN)

Une théorie sans fondement historique

Historiquement, il est impossible que le Black Friday synonyme de soldes tel qu’on le connaît aujourd’hui ait existé à l’époque de la traite négrière. En effet, l’esclavage est aboli aux Etats-Unis par le treizième amendement de la Constitution en 1865. A cette époque, la seule mention d'un "Black Friday" que l'on trouve renvoie à un vendredi noir sur le marché de l'or lorsque deux spéculateurs ont  tenté de manipuler le cours de l'or.

La première utilisation recensée de l'expression Black Friday pour évoquer le dernier vendredi de novembre ne date que de 1951, soit quasiment un siècle après la fin de l'esclavage. La plateforme de fact-checking anglophone Snopes rapporte que le terme "Black Friday" est alors utilisé de façon ironique, pour désigner le nombre important d’employés qui prétendent être malades après Thanksgiving, profitant ainsi d’un week-end de quatre jours. 

Le Black Friday tel qu’on le connaît aujourd’hui date des années 60

Le concept du Black Friday comme une journée de vente au rabais apparaît encore plus tard, dans les années 1960. La police de Philadelphie utilise alors ce terme d’argot pour qualifier cette journée, souvent émaillée de nombreux embouteillages et de mouvements de foule, liés aux remises importantes proposées par les commerçants pour ce long week-end à quelques semaine de Noël.

Pour échapper à ce nom à connotation péjorative, les commerçants de la ville ont tenté de renommer l'événement en "Big Friday" mais l’expression ne prend pas. Le Black Friday reste donc... mais les enseignes lui ont donné une autre définition : il s'agirait en fait du jour de l'année où les vendeurs cessent d'être en déficit, remplaçant dès lors dans leurs livres de comptes l'encre rouge, synonyme de perte, par de l'encre noire. 

Le concept du Black Friday et son appellation se répandent rapidement, et, à la fin des années 1990, cette journée de soldes a fini de se généraliser dans tout le pays, mais aussi au Canada, en Afrique du Sud, au Mexique, puis au sein de l'Union européenne, via les géants américains Amazon et eBay.