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Témoignages Réforme des retraites : "On n'est pas là pour servir de défouloir à la haine de certains", dénoncent des policiers confrontés à la violence de certains manifestants

Article rédigé par Gaële Joly
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min
Des policiers lors d'une manifestation contre la réforme des retraites à Paris, le 11 mars 2023. (NICOLAS LIPONNE / HANS LUCAS)
Ces policiers dénoncent une violence grandissante de la part des manifestants qui viennent avec "des mortiers d'artifice, des bouteilles d'acide pour blesser le maximum d'effectifs de police".

Quand il a pris la route à 3 h du matin avec sa compagnie de CRS pour encadrer la manifestation de Nantes, il y a jeudi 23 mars, le gardien de la paix Olivier Barthe n'imaginait pas que la journée serait aussi violente. Bilan : 31 blessés sur 70 policiers, raconte ce délégué Unité SGP. "On a principalement des gens qui sont contusionnés à cause des pavés qu'on reçoit. On a des plaies ouvertes. On a des gens qui se retrouvent aujourd'hui avec des attelles au genou ou qui sont arrêtés pour les trois prochaines semaines", détaille-t-il. "En plus de tous les petits bobos où les collègues serrent les dents". Malgré tout, "ils sont prêts à retourner au travail parce qu'ils savent que de toute façon, il n'y aura pas le choix. Il faudra y retourner", poursuit Olivier.

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Alors que les vidéos de violences policières continuent de tourner sur la toile, les manifestations contre la réforme des retraites ne faiblissent pas, faisant de nombreux blessés dans les rangs des policiers. Une prochaine d'action est prévue mardi 28 mars à l'appel des syndicats.

franceinfo a recueilli le témoignage de ces fonctionnaires de police qui font face depuis plusieurs semaines à des manifestants de plus en plus violents. Le CRS l'assure : la violence a sérieusement est monté crescendo depuis le début du mouvement. Face à eux, des groupes venus pour selon eux casser du flic. La plupart du temps, ils sont très bien équipés. "Vous avez des gens qui viennent avec des mortiers d'artifice, des bouteilles d'acide, des cocktails Molotov et passent leur après-midi à faire en sorte de blesser le maximum d'effectifs de police, voire d'essayer de les tuer".

"Quand on lance un cocktail Molotov sur un policier, il ne faut pas juste appeler ça de la violence. Ça reste une tentative de meurtre".

Olivier Barthe, gardien de la paix

à franceinfo

Il est difficile alors, dans ce contexte, d'essuyer les accusations de violences policières, estime le gardien de la paix Aurélien Gregory, CRS mobilisé à Paris, Nantes et Calais ces dernières semaines, et délégué du syndicat Alliance. "Derrière le casque, sous le casque, sous les lunettes, il y a un homme, il y a une femme, il y a un papa, une maman, un tonton, explique-t-il à franceinfo. Enfin, donc, à un moment, je veux bien que les gens ne soient pas contents, mais on n'est pas là pour servir de défouloir à la haine de certains", déplore Aurélien Grégory. 

"Il faut bien que les manifestants normaux comprennent que s'ils viennent s'agglomérer avec ceux qui veulent qu'une seule chose, le chaos. Forcément, ils vont se retrouver dans un phénomène de groupe. Ça va être compliqué pour nous de pouvoir distinguer qui est qui".

Aurélien Grégory

gardien de la paix à franceinfo

Ces groupes de casseurs ne sont pas seulement bien équipés, ils sont aussi très entraînés, très mobiles et c'est ce qui pose problème aux forces de l'ordre, poursuit le gardien de la paix Aurélien Grégory. "C'est plus complexe que les 'Gilets jaunes' parce que c'est beaucoup plus mobile", répond-il. "Ils ont eu le temps d'étudier, de voir comment on fonctionnait. Ils fixent les unités à un endroit et cassent tout ce qu'il y a autour. Ils jettent tout ce qu'ils ont sous la main sur les unités. Et là, les manifestations le soir à Paris, c'est encore plus complexe. Parce que comme il y a la grève des éboueurs, ils mettent le feu", aux ordures.

"Tous les cinq mètres, il y a un feu qui est allumé, un feu de poubelles, un feu de trottinette. Des trottinettes électriques, qui d'ailleurs dégagent des produits chimiques qui ne sont pas très bons pour les poumons de tout le monde", assure-t-il.

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L'appui des Brav-M est "intéressant"

Dans ces conditions, l'appui de la Brav-M, ces brigades d'intervention motorisées pourtant très critiquées, devient indispensable, selon Laurent Noulin, CRS du côté de Nantes, Brest et Lorient, et délégué à Alternative Police. "On ne peut pas partir à la courette. C'est pour ça que c'est intéressant de travailler avec les Brav-M [brigade de répression de l'action violente motorisée]. Ils peuvent se déplacer plus rapidement alors que nous les compagnies de CRS, on nous dit, 'Vous tenez place de l'Opéra, République ou devant la préfecture devant une mairie', c'est beaucoup plus lourd à bouger et à faire intervenir", raconte-t-il.

Face à la montée de la violence, les CRS réclament plus d'effectifs, des équipements et des protections adaptées. Certains avouent être fatigués, inquiets aussi face aux nouvelles manifestations qui s'annoncent.

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