Réforme des retraites : les femmes sont-elles les grandes perdantes du projet du gouvernement ?

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Une femme manifeste contre la réforme des retraites du gouvernement, à Toulouse (Haute-Garonne), le 19 janvier. (FREDERIC SCHEIBER / HANS LUCAS / AFP)
Le ministre Franck Riester a convenu que les femmes seraient "un peu pénalisées" par le projet du gouvernement. On vous explique pourquoi.

C'est le nouvel incendie que tente d'éteindre le gouvernement, avant l'arrivée du texte à l'Assemblée nationale. La réforme des retraites voulue par l'exécutif va-t-elle pénaliser davantage les femmes que les hommes ? Interrogé sur ce point, le ministre des Relations avec le Parlement, Franck Riester, a lui-même allumé la mèche, lundi 23 janvier. "Elles sont un peu pénalisées par le report de l'âge légal, on n'en disconvient absolument pas", a-t-il reconnu, gêné, sur Public Sénat.

Une déclaration en forme d'aveu qui a vivement fait réagir les opposants au projet de réforme. "Même le gouvernement finit par reconnaître que les femmes seront pénalisées par le report de l'âge légal. Plus les jours passent et plus tout démontre l'injustice de ce projet", a par exemple écrit Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, sur Twitter.

"Je ne peux pas laisser dire que notre projet ne protégerait pas les femmes. Au contraire !" a rétorqué Elisabeth Borne, mardi 24 janvier, à l'Assemblée nationale. "Nous protégeons les femmes qui ont des carrières incomplètes ou hachées, qui ont commencé à travailler tôt [ou] ont des petites pensions", a assuré la Première ministre. Mais qu'en est-il exactement ?

Elles partiront à la retraite encore plus tard que les hommes

Dans le nouveau système de retraites, les femmes seront en effet davantage touchées que les hommes par le recul de l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. Selon les projections de la Caisse nationale d'assurance-vieillesse mentionnées dans l'étude d'impact du gouvernement (PDF), la réforme aura pour conséquence de reculer de quelques mois l'âge effectif moyen de départ à la retraite.

Mais ces moyennes cachent des disparités entre les hommes et les femmes. Ainsi, par exemple, les femmes nées en 1972 travailleront en moyenne neuf mois de plus qu'en l'absence de réforme, contre cinq mois de plus pour les hommes. Celles nées en 1980 partiront à la retraite huit mois plus tard, contre quatre mois plus tard pour les hommes de la même génération.

Comment expliquer ce décalage ? "Les femmes sont plus touchées par le décalage de l'âge de la retraite parce qu'elles sont moins fréquemment en situation de carrière longue que les hommes", explique l'économiste Michaël Zemmour, maître de conférences à l'université Panthéon-Sorbonne. La réforme aura en effet moins d'impact sur les carrières longues, avec un recul "de plutôt un an et demi" par rapport à l'âge actuel de 62 ans, souligne-t-il. Des conditions de départ plus favorables qui ne seront souvent pas accessibles aux femmes, en raison de leurs carrières plus hachées. Ces dernières devront en conséquence travailler "deux ans de plus".

Avec la réforme, les mères de famille continueront de bénéficier de trimestres supplémentaires (jusqu'à 8 par enfant). Mais pour une partie d'entre elles, le report de l'âge légal va limiter l'intérêt de cette mesure. "Une mère de famille qui, grâce à ces trimestres, pouvait bénéficier d'un départ à taux plein à 62 ans devra désormais partir à 64 ans", note Michaël Zemmour.

Leurs pensions seront revalorisées (mais pas beaucoup)

La revalorisation des pensions minimales prévue dans la réforme bénéficiera en revanche davantage aux femmes qu'aux hommes. Sur les près de 1,8 million d'assurés qui vont tirer profit de cette mesure, 60% seront des femmes, indique l'étude d'impact (PDF). En conséquence, pour la génération née en 1972, la pension moyenne progressera de 2,2% pour les femmes contre 0,9% pour les hommes. "La revalorisation attendue est réelle mais elle n'est pas d'une ampleur très importante", nuance Michaël Zemmour. Et d'illustrer :

"Les nouvelles retraitées ne vont gagner que 53 euros en plus par mois malgré le recul de l'âge légal de deux ans."

Michaël Zemmour, économiste

à franceinfo

Enfin, l'âge d'annulation de la décote – à partir duquel tout retraité est assuré de toucher une retraite à taux plein – restera fixé à 67 ans. Ce qui devrait profiter à "20%" des femmes, a déclaré Elisabeth Borne à l'Assemblée nationale. Notamment celles qui ont connu des interruptions de carrière.

Elles seront "très peu" à bénéficier de certaines mesures

D'autres mesures, mises en avant par le gouvernement, permettront à certaines femmes de partir plus tôt en retraite. Par exemple, la prise en compte des congés parentaux dans le dispositif carrières longues permettra de valider jusqu'à quatre trimestres pour une personne ayant commencé à travailler avant 20 ans. "Cette mesure va cependant concerner très, très peu de monde, environ 3 000 personnes", note Michaël Zemmour. Un chiffre également mentionné dans l'étude d'impact. "Cette réforme a principalement pour but de faire des économies au moyen du décalage de l'âge de départ, tout en n'améliorant que faiblement le système, estime-t-il. Dans cette logique, les femmes avec des enfants seront davantage touchées que les hommes."

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