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Réforme des retraites : gouvernement, patronat, syndicats… Quelles sont les lignes rouges des différentes parties ?

L'exécutif se heurte à un front syndical uni contre le recul de l'âge légal de départ à la retraite, clé de la réforme défendue par le gouvernement d'Elisabeth Borne.
Article rédigé par franceinfo
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Laurent Berger (CFDT) et Philippe Martinez (CGT), au premier plan, face à Emmanuel Macron et Bruno Le Maire, à l'Elysée, le 6 juillet 2021. (YOAN VALAT /  AFP)

Dernier round de négociations autour de projet de réforme des retraites. Elisabeth Borne reçoit, mardi 3 et mercredi 4 janvier, les partenaires sociaux pour d'ultimes discussions, à quelques jours de la présentation officielle du texte, le 10 janvier. Sauf rebondissement, les positions des différentes parties ne devraient pas évoluer d'ici là.

>> Retrouverez l'interview de la Première ministre, Elisabeth Borne, dans la matinale de franceinfo.

Un gouvernement désireux de repousser l'âge légal jusqu'à au moins 64 ans, un patronat au diapason, des syndicats soudés contre tout recul de cet âge... Franceinfo revient sur ce que défend chaque camp, ce qu'il est prêt à négocier et ce qui constitue un casus belli.

Pour l'exécutif, une base de négociation à 64 ans

L'exécutif est-il vraiment attaché à un recul de l'âge légal de départ à 65 ans, effectif en 2031 ? C'est ce que défendait Emmanuel Macron avant le premier tour de l'élection présidentielle. Puis, dans l'entre-deux-tours, le président sortant avait concédé qu'il pouvait y avoir des évolutions sur cette question, ouvrant la porte à "une réforme qui ne va pas jusqu'à 2030 si on sent trop d'angoisse chez les gens". La retraite à 65 ans "n’est pas un totem", avait ensuite affirmé en mai la Première ministre, Elisabeth Borne, ce qu'avait répété le ministre du Travail, Olivier Dussopt, fin novembre.

Mais l'exécutif n'entend pas reculer sur le cap des 65 ans sans contrepartie. En octobre dernier, sur France 2, Emmanuel Macron avait conditionné toute concession à un effort des syndicats sur la durée de cotisation. "Si certains sont prêts à s'engager et à dire : 'Nous, on ne veut pas aller jusqu'à 65 ans, mais en contrepartie, si vous faites ce geste, on est prêts à travailler un peu plus de trimestres' – parce qu'il y a d'autres façons de faire, c'est pas que l'âge légal, c'est travailler un peu plus de trimestres –, moi, je suis ouvert", avait-il avancé. 

"Le tout, c’est que notre modèle retombe sur ses pieds", avait enchaîné Emmanuel Macron, faisant de la lutte contre les déficits annoncés du système de retraites la priorité absolue du projet de réforme. "Nous avons une ligne rouge, c’est l’équilibre du système", a plusieurs fois martelé Olivier Dussopt. Pour y parvenir, le gouvernement n'envisage aucune hypothèse sous les 64 ans, ce qui correspond de fait à sa concession maximale.

Le patronat globalement aligné avec le gouvernement 

Dans l'ensemble, le patronat est en phase avec la philosophie du projet du gouvernement Borne. Geoffroy Roux de Bézieux s'est ainsi dit ouvert à des discussions sur un report à "64 ou 65 ans", comme l'a affirmé l'exécutif depuis plusieurs mois. Selon les déclarations du président du Medef sur LCI, mi-décembre, "il faut travailler plus longtemps".

C'est aussi ce que défendent la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) et l'Union des entreprises de proximité, l'organisation patronale des artisans, qui veut "relever progressivement l’âge légal de départ en retraite à la condition de maintenir des mesures spécifiques (carrières longues, invalidité...)". Comme l'exécutif, le patronat se soucie avant tout de l'équilibre du système de retraites. "A la fin des fins, ce qui compte, c'est l'équation financière" d'un système "financièrement en très grande difficulté", a martelé Geoffroy Roux de Bézieux.

Le patron des patrons a cependant fait valoir une position différente du gouvernement sur la pénibilité : "Il y a un écart en fonction des professions, pris en compte avec ce qu'on appelle les carrières longues ou la pénibilité, mais il faut aussi prendre en compte l'espérance de vie par profession", a-t-il défendu sur LCI. Pour l'heure, le gouvernement n'a pas formulé de proposition sur ce sujet, mais a proposé de créer un dispositif "carrières très longues" pour ceux qui ont commencé à travailler très jeunes.

Du côté des syndicats, quelques nuances derrière un front commun

En apparence, les principaux syndicats français sont sur la même ligne. A l'issue d'une réunion au siège de la FSU début décembre, les organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU ont réaffirmé leur opposition à "tout recul de l'âge légal de départ en retraite, comme à toute augmentation de la durée de cotisation". Le texte a également été signé par cinq mouvements étudiants et lycéens (Unef, Fage, VL, Fidl, MNL) et recoupe les positions de la Nupes, elle aussi opposée à tout recul de l'âge légal de départ.

Certaines nuances persistent néanmoins, selon les priorités et les évolutions récentes des syndicats : depuis le début des négociations, la CFDT met ainsi l'accent sur la prise en compte des différents critères de pénibilité, indispensable selon elle à toute réforme. En face, Force ouvrière se positionne depuis son dernier congrès, en juin dernier, pour un "blocage" d'un "nouveau recul de l'âge de départ, l'allongement de la durée de cotisations et la remise en cause des régimes existants". Et si cela "constituera une avancée pour revenir à la retraite à 60 ans à taux plein et dans la perspective du retour à 37,5 ans de cotisations", FO faisait jusqu'en 2018 un retour à l'âge légal de départ à 60 ans une "base de la négociation"

De son côté, la CGT "est pour la retraite à 60 ans", rappelle souvent son secrétaire général, Philippe Martinez, ce qui constitue une différence notable avec la CFDT. La centrale syndicale de Montreuil (Seine-Saint-Denis) milite pour "l'augmentation des cotisations sociales", qui passerait notamment par la fin des exonérations de cotisations pour les très grandes entreprises.

Le gouvernement, lui, a plusieurs fois répété son intention de ne "pas augmenter les cotisations", preuve que les différents acteurs pourront très difficilement trouver un terrain d'entente d'ici le 10 janvier.

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