Les clubs de foot gagnants dans la réforme des retraites : "C'est une subvention déguisée, plusieurs centaines de milliers d'euros", dénonce l'IPS

Les footballeurs aux gros salaires cotiseront dix fois moins que les autres dans le nouveau système de retraite prévu par le gouvernement.

Bruno Chrétien, président de l’Institut de la protection sociale sur franceinfo, le 15 janvier 2020.
Bruno Chrétien, président de l’Institut de la protection sociale sur franceinfo, le 15 janvier 2020. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

"On a quand même le sentiment - et c'est un avis d'expert, pas un avis politique - d'un dispositif qui n'est pas maîtrisé", juge Bruno Chrétien, président de l’Institut de la protection sociale mercredi 15 janvier sur franceinfo à propos de la réforme des retraites. L'IPS a révélé hier que les clubs de football professionnels vont en être les grands gagnants. Au-delà de 120 000 euros brut annuels, les plus riches, et notamment les footballeurs professionnels, paieront une cotisation de 2,81% (contre 28,12% pour les autres). "C'est une petite subvention déguisée. Ça représente plusieurs centaines de milliers d'euros pour les clubs de foot", dénonce Bruno Chrétien. "Tout le monde n'a pas le salaire de Neymar", a défendu mercredi matin la ministre du Travail Muriel Penicaud sur franceinfo.

>> La réforme des retraites avantage les cadres les mieux rémunérés. Vrai ou Fake ? À lire ici.

franceinfo : Vous dîtes que les clubs de foot vont être les grands gagnants de la réforme des retraites. Pourquoi ?

Bruno Chrétien : Il s'agit en fait des clubs sportifs en général, dès lors qu'il y a de très fortes rémunérations. Dans cette réforme, jusqu'à 120 000 euros bruts annuels (10 000 euros par mois), on va payer à peu près les mêmes taux de cotisation qu'aujourd'hui. Mais au-delà, les hauts revenus ne paieront plus que 2,8% de taxe de solidarité. Il va donc y avoir une réduction de cotisation extrêmement forte, comme les joueurs de football ont des rémunérations très élevées.

Et pourquoi les clubs de football vont-ils en profiter ?

La différence avec, par exemple, les cadres dirigeants qui ont de fortes rémunérations, c'est qu'un grand nombre de clubs de football fonctionnent avec un système appelé "net-net".

Les contrats se négocient avec une rémunération nette, c'est le club qui prend en charge l'impôt sur le revenu du joueur et toutes ses charges sociales.Bruno Chrétien, président de l’Institut de la protection socialeà franceinfo

Pour bon nombre de joueurs, cela va donc entraîner une économie de 15 000 à 45 000 euros de cotisations - avec des pertes de droits à la retraite par contre. Et comme ce sont les clubs qui paient les charges, ce sont eux qui vont faire l'économie des charges. C'est une petite subvention déguisée. Ça représente plusieurs centaines de milliers d'euros pour les clubs de foot.

À votre avis donc, on n'est pas dans la justice sociale que certains veulent mettre en avant ?

On pointe les clubs de football, parce que c'est assez emblématique, mais l'étude va au-delà. Le texte va avoir pour effet d'augmenter les règles de déduction fiscale et sociale pour les revenus les plus élevés. Donc, c'est un peu compliqué de parler de solidarité en la matière. Nous avons alerté sur plusieurs sujets : les mères de famille qui vont perdre des droits, les pensions de réversion, maintenant les cotisations des plus hauts revenus. Et à chaque fois, on a des ministres qui nous disent "c'est faux... ce n'est pas juste". Mais de fait, ils ont changé les textes en fonction de ce qu'on a préconisé. Donc on n'est pas du tout dans la polémique. Ce qui nous importe, c'est que les textes changent. On a quand même le sentiment - et c'est un avis d'expert, pas un avis politique - d'un dispositif qui n'est pas maîtrisé. Aujourd'hui, on n'a absolument pas les chiffrages en matière d'impact.