Avocats, kinés, pilotes... Trois questions sur la mobilisation des professions libérales contre la réforme des retraites

Tous refusent le nouveau système à points qui doit fusionner les 42 régimes existants en un seul. Ils sont opposés, entre autres, à la hausse des cotisations annoncée pour les professions libérales.

Des avocats, dont la présidente du Conseil national des barreaux, Christiane Feral-Schuhl (au centre), manifestent devant le tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour une \"justice de qualité\", le 15 février 2018.
Des avocats, dont la présidente du Conseil national des barreaux, Christiane Feral-Schuhl (au centre), manifestent devant le tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour une "justice de qualité", le 15 février 2018. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Un inventaire à la Prévert ? Lundi 16 septembre, avocats, hôtesses de l'air, stewards, pilotes, médecins, kinésithérapeutes ou encore infirmiers libéraux manifesteront à Paris contre la réforme des retraites.

Le gouvernement veut en effet fondre les 42 régimes existants en un système unique à points, sur la base du rapport Delevoye. Les professions libérales craignent de perdre les avantages liés à leur régime particulier, et se rassembleront à partir de 13 heures place de l'Opéra. Le point en trois questions sur cette mobilisation, où les avocats devraient être présents en force.

Quelle est leur revendication commune ?

Ils se sont unis dans un collectif intitulé SOS-Retraites, qui publie une tribune dans Le Journal du Dimanche daté du 15 septembre. "Nous sommes avocats, hôtesses, stewards et pilotes, professions libérales – médecins, paramédicaux, chirurgiens, kinésithérapeutes. Nous sommes 700 000 professionnels qui, tous les jours, transportons, soignons et défendons nos concitoyens (...), réunis contre les propositions du rapport Delevoye sur la réforme des retraites", écrivent-ils.

Les signataires entendent dénoncer le projet de réforme, qui consiste, selon, eux à "capter sans sommation leurs régimes autonomes de retraite". Ils refusent, disent-ils, de "faire les frais du dogmatisme consistant à fusionner tous les régimes dans un seul régime universel". La présidente du Conseil national des barreaux, Christiane Feral-Schuhl, a relayé sur son compte Twitter l'appel du collectif à se mobiliser :

Profession par profession, que dénoncent-ils ?

Les avocats font valoir, dans leur tribune, qu'ils n'ont "jamais réclamé l'aide ni la solidarité du régime général des salariés" pour leur régime de retraites. Ils affirment "au contraire contribuer chaque année à ce régime général en reversant des sommes importantes", à hauteur de "80 millions d'euros par an". 

Ils craignent notamment un doublement des cotisations retraites, qui passeraient ainsi de 14% des revenus à 28%, pour "la majorité d'entre eux" (les avocats indépendants). Le rapport Delevoye, qui jette les bases de la réforme, prévoit en effet pour les indépendants un taux de cotisation globale de 28%.  

Les infirmiers et kinésithérapeutes libéraux craignent également de devoir doubler leurs cotisations pour assurer leur retraites.

Les médecins conventionnés redoutent, eux, une baisse de leurs pensions. Selon Les Echos, ils se demandent si l'assurance-maladie continuera à prendre en charge "une partie de leurs cotisations dans le cadre de leur régime supplémentaire ASV" .

Les pilotes, mais aussi hôtesses de l'air et stewards veulent quant à eux garder leurs avantages spécifiques, notamment la possibilité de partir plus tôt à la retraite. "On se battra extrêmement fort pour que notre régime ne disparaisse pas", a prévenu Yves Deshayes, du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). Il veut sauvegarder la possibilité pour les pilotes de partir à la retraite entre 60 et 65 ans, "car après 35 années de vols de nuit et de décalages horaires, certains sont trop fatigués pour continuer", déclare-t-il aux Echos. Autre motif de mécontentement : le rapport Delevoye prévoit un plafond de cotisations de 120 000 euros de revenus d'activités. Or, certains pilotes cotisent au-delà de ce plafond dans le système actuel. "Le recours à la capitalisation au-delà de 120 000 euros par an revient à une perte de rendement de 25 %", regrette Yves Deshayes dans le journal économique. 

Quelles seront les conséquences du mouvement ?

C'est surtout du côté des avocats que la mobilisation se fera sentir. Leur manifestation est doublée d'une grève des audiences qui s'annonce très suivie, avec au moins 138 des 164 barreaux français "mobilisés" selon la Conférence des bâtonniers. Celle-ci tient à jour une carte des barreaux concernés sur son site internet.

En outre, partout ou presque, les avocats ont décidé de ne plaider aucune affaire et de demander le renvoi des procès. Il n'y aura pas non plus de commis d'office, de consultations gratuites ni de permanences pénales. Seule exception, le contentieux de la liberté (garde à vue, détention provisoire...) restera assuré.