Fausse polémique sur Gmail et le respect de la vie privée

Selon une association de défense des consommateurs, les avocats de Google ont affirmé que personne ne peut s'attendre au respect de sa vie privée. Une citation prise hors de son contexte.

En décembre 2012, des internautes américains ont déposé une plainte collective contre les nouvelles conditions d’utilisation de Google.
En décembre 2012, des internautes américains ont déposé une plainte collective contre les nouvelles conditions d’utilisation de Google. (DAMIEN MEYER / AFP)

En plein scandale sur le programme américain de surveillance d'internet, Google est accusé de ne pas respecter la vie privée. Selon Consumer Watchdog, "Google admet finalement qu’il ne respecte pas la vie privée." Pour l'affirmer, l'organisation de protection des consommateurs se base, dit-elle, sur des documents écrits par des avocats du géant américain, à l'occasion d'une demande de rejet d'une "class action" auprès d'un juge. Mais les propos pointés semblent avoir été sortis de leur contexte.

Tout commence en octobre 2012. Google change ses conditions d’utilisation et des internautes américains s’inquiètent pour le respect de leur vie privée. Ils déposent, en décembre 2012, une plainte collective contre l’entreprise, lui reprochant d’utiliser des informations personnelles, puisées dans Gmail ou sur le réseau social Google+ à des fins commerciales. Notamment pour la personnalisation des résultats de recherche dans Google.

Une phrase prise hors de son contexte

Dans l’argumentaire des avocats de Google pour que soit rejeté cette "class action", on peut lire : "Une personne ne peut pas raisonnablement s’attendre à ce que sa vie privée soit protégée quand elle utilise volontairement un parti-tiers" pour communiquer. Cette phrase fait bondir l’association de défense de consommateurs et est rapidement relayée par les médias. 

En fait, elle est tirée d’une précédente décision de justice de la Cour suprême, datant de 1979 et est citée à titre d’exemple par les avocats. Prise dans sa totalité, elle peut être interprétée autrement : "Tout comme l’expéditeur d’un courrier à un collègue professionnel ne peut être surpris de son ouverture par l’assistante de ce collègue, les gens qui se servent d’un webmail ne peuvent être surpris si leurs communications sont analysées par le fournisseur de service du destinataire. En fait, 'personne n’a le droit de s’attendre au respect de sa vie privée dès lors qu’il donne ses informations à un tiers'", peut-on lire dans le document des avocats.

Les e-mails analysés par un robot

Comme l'explique 20 Minutes, "l'idée centrale, c'est que le droit à la vie privée ne peut pas être défendu à partir du moment où deux personnes utilisent un intermédiaire pour communiquer. Controversée, cette décision fait malgré tout jurisprudence, et les avocats de Google s'y référaient dans leur requête."

En fait d’ouverture de courrier, les avocats parlent "d’analyse automatique" des e-mails afin de trier les correspondances, d’éliminer les spams… Tous les internautes sont concernés à partir du moment où ils envoient un e-mail sur une boîte Gmail. Qu'ils soient eux-mêmes des utilisateurs du service ou non.