Plan d'urgence élevage : l'Etat va débloquer 600 millions d'euros

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a présenté mercredi un plan d'urgence de l'élevage qui comporte 24 mesures autour de six grands axes. Il promet notamment une restructuration des dettes, l'allègement et des reports d'impôts, un redressement des cours et des prix, soit un effort global de 600 millions d'euros.

(Le gouvernement va mobiliser environ 600 millions d'euros au total pour soutenir les éleveurs en difficulté grâce au fonds d'allègement des charges financières et d'autres dispositifs fiscaux © Maxppp)

Après des jours de manifestations de la part des éleveurs en colère, le ministre de l'Agriculture a présenté mercredi après le Conseil des ministres, un plan d'urgence de l'élevage. Ce dernier comporte 24 mesures définies autour de six grands axes. Des mesures de "court, moyen et long terme " a précisé le premier ministre Manuel Valls, pour "répondre aux attentes des éleveurs préoccupés par la pérennité de leurs exploitations ".  

Le premier minsitre a ajouté que "ces difficultés ne concernent pas que la France, tous les pays d’Europe sont ou seront impactés, c’est pour cela qu’il faut que la Commission européenne agisse au niveau communautaire. Le débat lors du dernier conseil des ministres à Bruxelles a permis des ouvertures pour les filières du porc et du lait ." Il a notamment appelé "les  industriels et la grande distribution à respecter les hausses de prix auxquelles ils se sont engagés et à faire en sorte que les professionnels de l’élevage puissent vivre dignement de leur métier ".

"Nous voulons répondre aux attentes des éleveurs préoccupés par la pérennité de leurs exploitations." Le premier ministre Manuel Valls
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Manuel Valls a ensuité annoncé lessix grands axes de ce plan d'urgence de l'élevage qui sont : "le redressement des prix payés aux éleveurs, la restructuration de la dette, les allègements et reports de charges, le développement de la contractualisation dans les filières, les actions pour développer les débouchés à l’exportation et l’amélioration de la compétitivité des filières ".

Les grands points à retenir du plan d'urgence de l'élevage : 

  • La première priorité a été annoncée clairement : il s'agit du "redressement des cours et des prix ". Si le "processus inédit " mis en place le 17 juin dernier "a connu des effets ", Stéphane Le Foll précise que l'objectif du prix de la viande bovine n'a été qu'à moitié atteint. Une réunion avec le ministre de l'économie, Emmanuel Macron, sera bientôt organisée sur le même modèle que celle du 17 juin, pour engager cette mesure. 

  • Le ministre de l'Agriculture promet également une restructuration des dettes de moyen et long terme. Il souligne que les dettes bancaires et les dettes fournisseurs pèsent sur les éleveurs. L'Etat demande une restructuration des dettes des éleveurs en difficulté en mettant un accent particulier sur les jeunes agriculteurs et les nouveaux investisseurs. Le fond d'allègement des charges sera porté à 50 millions d'euros contre 8 jusqu'à présent. Un dispositif de la BPI pour le renforcement de la trésorerie sera mobilisé pour les éleveurs pour garantir 500 milions d'euros de crédits bancaires. 
"Pour aider les éleveurs et les agriculteurs, le fonds d’allègement des charges sera porté à 50 millions d’euros" - Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture
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  • Un allègement des charges, une éxonération de taxe sur le foncier non bâti, une avance de la TVA ainsi qu'un report des côtisations MSA, un report des échéances de paiement des impôts sur le revenus et les sociétés, sont également prévus pour la fin de l'année. 

  • Un effort sera particulièrement fait sur l'ouverture de l'élevage français sur les marchés extérieurs. Il mobilisera quatre ministre sur des territoires tels que la Grèce, la Turquie, le Liban ou encore le Vietnam. 10 millions d'euros seront mobilisés pour promouvoir les productions françaises à l'exportation. 

    - Des Etats-Généraux sur la contractualisation à l'échelle de l'ensemble des filières de l'élevage sont également prévus, pour répondre à une demande nationale et une demande de l'exportation. 

  • Le ministre a également affirmé qu'un soutient à la compétitivité sera engagé avec un appel d'offre pour les abattoirs du futur, ainsi que des efforts d'appui et d'investissements. 

  • Le ministre a notamment rappelé l'importance de l'origine française des viandes et s'est engagé à développer l'activité et la promotion du logo garantissant cette origine française. Des mesures de contrôles préconisées dans un rapport de la députée PS Frédérique Massat seront engagées tout de suite. 

  • Un travail sur l'achat local en particulier par l'Etat et les collectivités locales sera réalisé. 

  • Stéphane Le Foll a également tenu à souligner l'importance du développement du dispositif de transition énergétique, assurant que des mesures concernant le photovoltaïque et la méthanisation seront prises. 

    Tensions à l'Assemblée Nationale : les Républicains demandent la démission de Stéphane Le Foll 

Le premier ministre et le ministre de l'Agriculture se sont rendus mercredi après-midi à l'Assemblée Nationale pour la séance quotidienne des Questions au Gouvernenement, durant laquelle ils se sont heurtés à de nombreuses critiques de l'opposition face aux réponses apportées par le Gouvernement pour répondre à la crise de l'élevage.

Le Président du groupe Les Républicains et ancien syndicaliste agricole Christian Jacob, a ouvert la séance en posant la première question. "Vous n'avez jamais pris la mesure du caractère strétégique de l'agriculture", a t-il dénoncé, avant de qualifier le plan d'urgence d'"opération de communication ", de "mascarade " "ce sera même une fumisterie ". "Les paysans sont au bout du rouleau, ils attendent de vous des décisions ! ", déclare Jacob avant de demander à Manuel Valls de "changer de ministre de l'Agriculture ".

Le premier ministre n'a pas tardé à prendre la défense de son ministre, avant de lui reprocher de faire preuve de "populisme ", de "poujadisme " et d'un "mépris " à l'égard de Stéphane Le Foll, qui "déconsidère la République ". 

Une des grandes critiques de l'opposition a été le manque de réactivité du gouvernernement à se rendre sur les lieux des blocages. "Pour vous, il était 'urgent d'attendre"' et nous voyons aujourd'hui le résultat ! ", s'est insurgé Véronique Louwagie, députée Les Républicains de l'Orne. Guénhaël Huet, député de l'opposition dans la Manche parle, lui, d'un "dédain et (d'un) mépris " du ministre de l'Agriculture. 

Le Gouvernement a souligné à plusieurs reprises que les problèmes affrontés récemment par les agriculteurs sont les résultats d'une politique plus ancienne, celle de l'ancien gouvernement de droite. "Si vous aviez tout réglé, tout mené, on en serait peut-être pas là" , a lancé Manuel Valls à l'opposition. 

 

Pas grand chose de nouveau donc. Le Gouvernement a rappelé les grands points du plan d'urgence annoncé dans la matinée de mercredi. Points qui ont été démontés, un par un, par l'opposition. Une anecdote peut toutefois être soulignée, puisqu'elle a provoqué les rires moqueurs de l'opposition dans l'hémicycle et fait le bonheur des internautes. Pour montrer son implication et sa connaissance du milieu de l'agriculture, Stéphane Le Foll a tenu à préciser qu'il avait fait un BTS agricole. "Si quelqu'un ici aurait pu devenir agriculteur : j'en suis ", a t-il déclaré avec conviction.