VIDEO. Grève à "L'Equipe" : le quotidien risque de "devenir un journal low cost" si le plan social est maintenu, s'alarme un représentant syndical de la rédaction

Franceinfo a interrogé Luc Folliet, représentant du personnel, élu du Syndicat national des journalistes.

"Chers lecteurs, en raison d'un mouvement social, nous regrettons de ne pas pouvoir vous proposer votre quotidien." Ce message se trouve toujours sur le site de L'Equipe, mercredi 20 janvier. Le dernier numéro du journal sportif date du 8 janvier. Une large partie du personnel, environ 80% des effectifs, est en grève depuis. Les salariés protestent contre les économies réclamées par la direction.

"Il faut faire 4 millions d'euros d'économies. Voilà, c'est toujours la même chose qui revient", explique à franceinfo Luc Folliet, représentant du personnel, élu du Syndicat national des journalistes (SNJ). "La direction a mis ça sur le dos du Covid-19, il y a 6-7 mois, en nous proposant ce que l'on appelle un APC, un accord de performance collective qui, pour résumer, nous demandait de travailler plus pour gagner moins", raconte-t-il.

Une cinquantaine de postes menacés

"Cet accord de performance collective a été refusé. On savait très bien qu'après ce refus, il allait y avoir autre chose. Et, à l'automne, nous a été présenté un PSE [un plan de sauvegarde de l'emploi], qui concerne plus de 55 personnes", poursuit le représentant.

Ce plan social prévoit en effet la suppression d'une cinquantaine de postes, dont 47 de journalistes, au sein de la SAS L'Equipe (le quotidien, le magazine, Vélo Magazine et l'hebdomadaire France Football, en passe de devenir mensuel), qui emploie 350 personnes. En parallèle, douze créations de postes sont prévues pour renforcer l'offre sur internet.

"On nous propose d'enlever pratiquement un septième des effectifs", souligne Luc Folliet. "Et L'Equipe va, vraisemblablement, si ce plan passe, devenir un journal low cost." Selon lui, la force de L'Equipe, ce "journal patrimonial", "qui existe depuis 75 ans", connu en "Europe et dans le monde", réside dans sa capacité à envoyer de très nombreux journalistes aux quatre coins de la planète pour couvrir les différents événements sportifs. Une performance possible, insiste-t-il, grâce au travail du personnel administratif qui fait "un travail plus silencieux, mais essentiel".

De la presse écrite vers l'abonnement numérique

Luc Folliet dénonce l'incohérence de la stratégie du groupe Amaury, "très riche", qui détient L'Equipe mais également le Tour de France. "Nous sommes en pleine transformation de la presse écrite. La mutation de ce secteur va aller vers l'abonnement numérique, vers l'application mobile, le site internet. On est tout à fait conscients de ça, affirme l'élu SNJ. Mais le problème de L'Equipe, c'est qu'on dit : 'Vous allez vous développer mais il faut faire des économies.'"

Face à la fronde, la direction a proposé lundi une nouvelle alternative au PSE : un accord de ruptures conventionnelles collectives (RCC) permettant moins de départs, couplé à un accord de performance collective, comprenant la suppression de jours de RTT et des baisses de salaires. Mais "le principe de l'APC est rejeté par les salariés", selon Stéphane Antoine (SNJ-CGT).

Des salariés de \"L\'Equipe\" réunis devant le siège du quotidien sportif, le 13 janvier 2021.
Des salariés de "L'Equipe" réunis devant le siège du quotidien sportif, le 13 janvier 2021. (MARTIN BUREAU / AFP)