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Prix Albert-Londres : "J'avais envie d'explorer les conséquences du terrorisme sur notre société, sur les petites et grandes haines, les méfiances, les crispations"

La journaliste a été récompensée pour ses reportages sur le jihadisme et la radicalisation.

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Radio France
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Les lauréats du prix Albert-Londres, Élise Vincent (au centre), Jean-Baptiste Malet (à gauche) et Christophe Barreyre (à droite), le 22 octobre 2018 à Istanbul, en Turquie. (BULENT KILIC / AFP)

Élise Vincent a reçu lundi 22 octobre à Istanbul, en Turquie, le prix Albert-Londres pour une série de reportages sur le jihadisme et la radicalisation, dont Le Jihad derrière les barreaux ou Génération salafiste. Elle dit être "privilégiée" au journal Le Monde. "C'est vraiment très important aujourd'hui d'avoir des chefs de service qui permettent d'avoir le temps, qui acceptent de payer des billets de train ou des billets d'avion pour rien parfois", souligne-t-elle sur franceinfo.

Franceinfo : Comment accueillez-vous la remise de ce prix ?

Élise Vincent : Évidemment c'est une immense joie, une grande fierté et un incroyable honneur parce que le prix Albert-Londres pour toute la profession symbolise beaucoup de choses. C'est vraiment un héritage d'excellence et puis le fait que ce soit retransmis là en Turquie, c'est un symbole de la liberté de la presse, qui est un peu malmenée, ça veut dire d'autant plus de choses.

Sur quoi avez-vous enquêté précisément ?

C'est une série de six articles et un peu l'aboutissement de huit ans de travail pour moi puisque j'ai d'abord couvert les questions d'immigration, puis je me suis retrouvée balancée dans le bain du terrorisme à partir de janvier 2015 et j'avais surtout envie d'explorer les conséquences sur notre société, sur les petites et grandes haines, les méfiances, les crispations qui ont pu se développer en conséquence de tout ça. Donc il y avait à la fois un article qui explore la montée du salafisme, un autre le terrorisme d'extrême droite, un autre sur une affaire antisémite. Tout un tas d'articles connectés autour de ce thème avec aussi la question de la radicalisation en prison.

Qu'est-ce que ça dit de la société française ?

On voit que notre société est très résiliente mais il y a quand même des faisceaux de plus en plus importants de tensions qui se voient à la fois dans la montée des populismes, dans la montée des intentions de vote vis-à-vis de l'extrême droite. Même si le Rassemblement national est plutôt en phase de déliquescence actuelle, on voit bien que dans la campagne des élections européennes qui se profile, il va y avoir ce thème-là sur le devant de la scène. Moi j'ai dû explorer tout ça : ces tensions, essayer de voir jusqu'à quel point elles sont graves, jusqu'à quel point elles impactent les âmes, elles éclatent, elles divisent ou est-ce qu'il y a encore des morceaux de ferment qu'il faut cultiver pour que notre société, la France et l'Europe en général, aient un sursaut et qu'on s'en sorte par le haut.

Huit ans de travail, une série de six enquêtes publiée dans le journal Le Monde. On a l'habitude de dire que la presse va mal, que la presse manque d'argent. Ça prouve quand même qu'on a encore parfois les moyens de faire des enquêtes de terrain, des enquêtes en longueur ?

En tous les cas au Monde, on est vraiment privilégiés, on a vraiment ces moyens-là. Alors, évidemment, on est aussi un média qui fait de l'information sept jours sur sept, 24 heures sur 24 avec du web. J'en fais partie, j'en fais aussi beaucoup même si ça ne se voit peut-être pas tous les jours. Mais Le Monde permet de faire les deux et c'est ça qui est vraiment très important aujourd'hui, de pouvoir conserver ça et d'avoir aussi des chefs de service, je l'ai dit lors de la remise des prix, qui permettent d'avoir le temps, qui acceptent de payer des billets de train ou des billets d'avion pour rien parfois. On ne peut pas forcément leur promettre un article en retour, en tous cas pas tout de suite et j'ai bénéficié de tout ça.

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