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Moins de journalistes tués en 2017 dans le monde : "Une baisse à relativiser largement", selon Reporters sans frontières

Pour la première fois depuis 14 ans, le nombre de journalistes tués a baissé en 2017. Johann Bihr, de Reporters sans frontières, relativise ce recul. Il pointe "des constats inquiétants", notamment dans des pays en paix. 

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Radio France
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Le responsable du bureau Europe de l'Est-Asie centrale de Reporters sans Frontières, Johann Bihr, invité de franceinfo mardi 19 décembre 2017. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

En 2017, 65 journalistes ont été tués dans le monde, contre 79 l'an passé, selon le bilan annuel de Reporters sans frontières (RSF) publié mardi 19 décembre. Cette année a été la moins meurtrière depuis 14 ans, d'après l'ONG. Mais cette baisse est "à relativiser largement", souligne sur franceinfo Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'Est de RSF, qui pointe "des constats inquiétants", comme "le fait que près de la moitié de ces journalistes ont été tués dans des pays considérés comme en paix".

franceinfo : La baisse du nombre de journalistes tués dans le monde est-elle une bonne nouvelle ?

Johann Bihr : C'est une baisse à relativiser largement, puisqu'on reste à un niveau de 65 journalistes tués au cours de l'année, ce qui est évidemment énorme. Avec des constats très inquiétants : notamment le fait que près de la moitié de ces journalistes ont été tués dans des pays considérés comme en paix, où il n'y a pas de conflit actif. Par exemple le Mexique, qui est presque aussi meurtrier que la Syrie, avec 11 journalistes tués [contre 12 en Syrie]. C'est une proportion qui monte par rapport à l'an dernier. Cette année, on est à 46% de tués dans les pays en paix contre 30% l'an dernier.

Comment expliquez-vous qu'il y ait moins de journalistes tués, malgré tout ?

Ce n'est pas forcément facile à expliquer sans recul, mais on peut imaginer qu'un certain nombre de conflits sont moins couverts. Par exemple la Syrie, le Yémen ou encore la Libye, autant de pays qui se sont vidés de leurs propres journalistes et où les reporteurs internationaux ne vont plus, les dangers étant trop grands. La bonne nouvelle n'en est pas forcément une si elle consacre la victoire du black-out médiatique. Ensuite, on peut peut-être supposer que des efforts ont été faits par certaines rédactions, une meilleure prise en compte du risque, mais c'est encore avec un point d'interrogation.

L'amélioration est beaucoup moins sensible quand on s'intéresse aux journalistes détenus, comme en Turquie, où la situation se dégrade...

Oui, la Turquie reste parmi les plus grandes prisons du monde pour les journalistes. C'est une situation dramatique. Depuis la tentative de coup d'Etat de juillet 2016, l'état de droit n'existe plus, le droit à un procès équitable non plus. Aujourd'hui, une centaine de journalistes sont derrière les barreaux en Turquie. Parmi eux, au moins 43 d'entre eux sont détenus dans le cadre de leur activité professionnelle, mais c'est un minimum provisoire. Il faut bien comprendre que le simple fait d'avoir collaboré avec certains médias, d'avoir un contact avec certaines sources, est criminalisé en Turquie.

À l'inverse, y a-t-il des régions du monde où la situation s'améliore ?

Elle s'améliore certainement dans quelques pays, comme en Gambie, ce pays d'Afrique dont le dictateur est tombé cette année. Mais de manière générale, depuis plusieurs années, notre classement mondial montre que la situation, dans le monde et sur chacun des continents pris individuellement, se dégrade. On est vraiment dans une lame de fond d'atteinte à la liberté de la presse, où un certain nombre de grands principes consacrés par la charte de l'ONU en 1945 sont remis en cause, y compris au sein d'Etats démocratiques.

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