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Le site Wikileaks.org a diffusé lundi la vidéo d'un raid meurtrier de l'armée américaine en Irak en 2007

Parmi les morts : deux employés de l'agence Reuters.Wikileaks.org a donné une conférence de presse à Washington en expliquant avoir obtenu grâce à des fuites au sein de l'armée ces images protégées par le secret-défense, qu'il a pu examiner et vérifier après avoir déverrouillé le code de cryptage.
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France Télévisions
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Une image de la vidéo diffusée par Wikileaks

Parmi les morts : deux employés de l'agence Reuters.

Wikileaks.org a donné une conférence de presse à Washington en expliquant avoir obtenu grâce à des fuites au sein de l'armée ces images protégées par le secret-défense, qu'il a pu examiner et vérifier après avoir déverrouillé le code de cryptage.

Un responsable du Pentagone, s'exprimant sous le sceau de l'anonymat, a confirmé l'authenticité des images et de la bande-son qui l'accompagne.

Reuters avait réclamé à l'armée américaine une enquête exhaustive et objective sur la mort de ses deux employés. Le Pentagone a conclu que les militaires avaient agi conformément à leurs règles d'engagement.

Les appareils photo pris pour des armes
Les images, filmées d'un hélicoptère Apache survolant un quartier de la capitale irakienne, jettent une lumière crue sur cet épisode sanglant de la guerre en Irak. Elles montrent un groupe d'hommes arpentant une vaste rue de Bagdad avant de se rassembler à un coin de rue. Les pilotes, dont la conversation est enregistrée, estiment que plusieurs d'entre eux sont armés, munis de fusils d'assaut AK-47. Wikileaks identifie deux d'entre eux comme le photographe de Reuters Namir Noor-Eldeen, 22 ans, et son assistant et chauffeur Saïd Chmagh, 40 ans, qui seront tués quelques minutes plus tard.

Les deux hommes portent des appareils photo à l'épaule, que les militaires prennent pour des armes.

L'autorisation d'ouvrir le feu presqu'immédiatement obtenue
Les pilotes de l'Apache, qui semblent prendre la caméra d'un des employés de Reuters pour un lance-grenade RPG, affirment avoir repéré "cinq ou six individus avec des AK-47" et demandent la permission "d'ouvrir le feu", ce qu'ils obtiennent presque instantanément. Après la fusillade, l'un des pilotes relève qu'il y a désormais "un tas de cadavres" sur place. "Regarde moi ces pourritures crevées", dit l'un. Un autre réplique: "chouette". Peu après, une camionnette s'arrête pour ramasser les morts et les blessés et est à son tour la cible des hélicoptères américains.

Deux enfants dans la camionnette sont blessés et seront évacués par les soldats américains arrivés sur les lieux par la suite. "C'est de leur faute s'ils amènent des enfants dans la bataille", commente un des pilotes.

Les faits reconnus par l'armée
Un responsable de l'armée américaine a commenté lundi auprès de l'AFP la diffusion de cette vidéo , qui selon lui "n'apporte pas d'information nouvelle, seulement des images". "Depuis 2007, nous avons reconnu tout ce qui est dans la vidéo ", a dit le responsable sous le couvert de l'anonymat. "Nous avons reconnu que le raid avait eu lieu et que deux employés de Reuters (avaient été tués)", a-t-il dit. "Nous savons que deux enfants ont été blessés", a également dit le responsable.

"Le (lance-grenade) RPG de la vidéo est réel", a-t-il toutefois ajouté. "Nous avions des insurgés et des reporters dans une zone où les forces américaines allaient tomber dans une embuscade". "A ce moment là, nous ne pouvions pas discerner si (les employés de Reuters) portaient des caméras ou des armes", a insisté le responsable. Dans un communiqué le rédacteur en chef de Reuters David Schlesinger a affirmé que la mort des deux employés de l'agence était "tragique et emblématique des dangers extrêmes liés à la couverture des zones de guerre".

WikiLeaks, qui se présente comme une organisation non lucrative financée notamment par des défenseurs des droits de l'homme, des journalistes d'investigation, et le public, a diffusé cette vidéo sous le lien: http://www.collateralmurder.com et sur le site de partage vidéo Youtube.

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