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Le fondateur du site Médiapart, Edwy Plenel, va porter plainte pour diffamation contre Xavier Bertrand

Le secrétaire général de l'UMP avait accusé mardi le site d'information, qui a publié les enregistrements de l'affaire Bettencourt, d'user de "méthodes fascistes".Ces propos ont été relayés par plusieurs ministres. François Hollande (PS) a demandé que le "sang-froid revienne" chez les "ministres de François Fillon".
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Le journaliste Edwy Plenel (28 septembre 2009) (AFP PHOTO / MARTIN BUREAU)

Le secrétaire général de l'UMP avait accusé mardi le site d'information, qui a publié les enregistrements de l'affaire Bettencourt, d'user de "méthodes fascistes".

Ces propos ont été relayés par plusieurs ministres. François Hollande (PS) a demandé que le "sang-froid revienne" chez les "ministres de François Fillon".

Pour le député de Corrèze, "parler de méthodes fascistes, parler des années 30 pour évoquer un travail de presse dont on peut regarder effectivement les conséquences, mais on ne peut pas à l'évidence remettre en cause les sources", a-t-il assuré, faisant valoir qu'a été publiée par Mediapart une déclaration de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt entendue par la police. "Je ne comprends pas l'attitude des ministres de François Fillon, d'interpeller avec ces mots-là la presse. Donc je demande que ça cesse, que le sang-froid revienne, que la maîtrise soit vraiment la règle de conduite", a ajouté l'ancien premier secrétaire du PS, invité de "Face à nous" Public Sénat/20 minute..

Auparavant, Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, avait vu dans ces déclarations une "attaque concertée, non pas de la majorité (...) mais de la garde rapprochée du président". "Cette garde rapprochée, au bout de trois semaines de révélations, manifeste un mépris profond de la démocratie et de la justice dans sa mauvaise foi", a affirmé le journaliste. "Je trouve que François Fillon a été beaucoup plus modéré à l'Assemblée", a-t-il estimé.

"Eric Woerth est mis par ses amis dans la pire situation parce qu'Eric Woerth sert de bouclier au président de la République. Tout cela est assez indigne, on devrait laisser la justice travailler", a-t-il dit.

"Il y a eu une décision de justice qui a été rendue il y a une semaine, par une vice-présidente du tribunal de Paris qui dit que les informations de Mediapart sont légitimes et d'intérêt public, que nous avons fait notre travail de manière rigoureuse. Elle déboute Mme Bettencourt et son chargé d'affaires, qui voulaient que nous enlevions nos informations", a-t-il ajouté.

Les attaques des ministres
"Quand certains médias notamment un site qui utilise des méthodes fascistes à partir d'écoutes qui sont totalement illégales (...) mais dans quel monde on est, dans quel monde on est !", s'est exclamé le secrétaire général du parti majoritaire, mardi soir, au Raincy (Seine-Saint-Denis). "Ah, parce que c'est plausible, on se permet de mettre en accusation un ministre de la République et le président de la République", a-t-il ajouté.

Le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, a comparé ce site internet à "une certaine presse des années 30". "Qui a apporté une preuve ?" contre Eric Woerth, s'est-il insurgé, visant Médiapart dont, selon lui, "l'un de ses responsables, Fabrice Lhomme (ndlr: a dit): 'Nous n'avons aucune preuve mais ça paraît plausible'". "J'ai en mémoire Clémenceau [NDLR: qui s'était retiré de la politique dans les années 20], Salengro, plus proche de nous Bérégovoy [NDLR: qui se sont suicidés]. Est-ce qu'on peut continuer à accepter ce type de pratiques et on salit un homme de cette manière?", a-t-il encore ajouté.

De son côté, la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, a durci ses attaques qualifié contre le rôle de la presse. Elle dénonce des "méthodes fascistes de sites internet" et une "collusion politico-médiatico-trotskyste". Quant au PS, "avant il était inutile, maintenant il devient nuisible. Quand on utilise ces méthodes de chasse à l'homme on n'est pas digne d'être un parti de gouvernement", a-t-elle ajouté. La ministre avait déjà qualifié Médiapart de "site de ragots, de déclarations anonymes".

Quant au ministre de la Défense, Hervé Morin (Nouveau centre), il a dénoncé "une compétition effrénée entre la presse médiatique classique et internet" où "plus rien n'est contrôlé", "où on ne prend plus le temps, un seul instant, de vérifier simplement l'information qui vous est donnée". "Où est l'Etat de droit, la présomption d'innocence, ou est le contradictoire, le droit de la défense ?", a-t-il lancé.

Lors d'un entretien sur RFI mardi matin, le ministre de l'Immigration, Eric Besson, s'est interrogé sur la méthode du "goutte-à-goutte" de Mediapart dans l'affaire Woerth/Bettencourt. "Si Mediapart a tout le dossier, pourquoi il ne le met pas clairement et complètement sur la place ? Qu'est-ce que c'est que cette façon d'égrainer ?", a-t-il demandé.

L'ancien cadre du PS évoque ensuite une probable entente entre la rédaction d'Edwy Plenel et la rue de Solférino. "Je suis quand même frappé par la façon dont les choses sont distillées et effectivement parfaitement reprises le jour-même par le Parti Socialiste. Ca donne, de l'extérieur, l'idée d'une très grande concertation mais je n'ai pas les preuves."

Une "véritable attaque en règle contre la profession"
Pour le syndicat CGT des journalistes, les propos de Mme Morano sont une "véritable attaque en règle contre la profession". "Au-delà de sa haine pour les journalistes faisant leur métier d'investigation et ne se contentant pas de relayer la communication gouvernementale ou sarkoziste, comment une ministre peut-elle mentir à ce point ?", s'interroge le syndicat dans un communiqué.

"Oui Mediapart est un site d'information ; oui ses journalistes sont titulaires de la carte d'identité des journalistes professionnels ; oui ils ont vérifié leurs sources, recoupé les propos tenus par l'ex-comptable de Liliane Bettencourt", poursuit le syndicat.

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