Le dessinateur Plantu va quitter "Le Monde" le 31 mars : "Cela fait 10 ans que je leur demande de mettre un petit jeune à ma place"

Son départ n'est pas lié à la démission de son confrère Xavier Gorce, assure-t-il.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
 (JOEL SAGET / AFP)

Le dessinateur Plantu, joint vendredi 22 janvier au matin par franceinfo, confirme son départ du journal Le Monde, après 49 ans de collaboration. Un départ annoncé par le site Arrêts sur Image. "C'est une grande chance de passer le flambeau à de jeunes dessinateurs", déclare Plantu.

Un départ qui n'est pas lié à la démission de Xavier Gorce, précise Plantu, 69 ans, qui apporte néanmoins son soutien "inconditionnel" à son confrère. Xavier Gorce a quitté Le Monde après des excuses de la direction de la rédaction au sujet d'un de ses dessins, qui avait fait polémique. 

"Si à chaque fois qu'un artiste s'exprime, il doit se justifier... Le sérieux, c'est le cholestérol de l'imaginaire."

Plantu, dessinateur

à franceinfo

"Les réseaux sociaux sont gérés par des gens qu'on ne connaît pas, qui s'arrogent le droit d'être une cour de justice, maintenant va falloir s'excuser de ce qui dérange", se désole Plantu. "Je soutiens totalement ce dessinateur qui est formidable. Son dessin est drôle, alors évidemment il est casse-gueule, tous les dessins sont critiquables, mais son dessin est tout simplement génial. Il parle de sujets graves comme la pédophilie, l'inceste et il fait un dessin décalé. Je veux dire même quand on va à un enterrement, il faut essayer de se faire plaisir, souvent dans les églises lors d'un enterrement, il y en a un qui fait une blague et ça fait du bien. Vous savez, le dessinateur de presse c'est une sorte de barman avec son shaker, il mélange beaucoup de choses. Il y a des glaçons, ça glace, des fois c'est bouillant, des fois c'est glacé, ça énerve, des fois il ne faut pas le toucher. Et ça fait du bien quand on l'avale."

Mettre en avant de jeunes dessinateurs de tous pays, des femmes

"Cela fait 10 ans que je leur demande de mettre un petit jeune à ma place. Cette fois-ci Jérôme Fenoglio [le directeur du Monde] a accepté que je parte", explique le dessinateur. "Vous n'imaginez pas le boulot que j'ai. Je n'arrête pas d'aller dans les écoles. La semaine dernière, j'étais à Trappes, je passe mon temps dans les écoles et dans les hôpitaux parce que j'ai une trentaine d'expositions en France jusqu'à la Martinique, à la Réunion. J'étais au CHU de Strasbourg il n'y a pas longtemps, je vais au CHU de Dijon vendredi prochain. C'est mon boulot et c'est ma passion de pouvoir raconter à quel point un artiste peut rendre hommage au personnel hospitalier, explique-t-il. J'ai toujours un crayon au bout de mes doigts. Quand j'écoute franceinfo, j'écoute et je vois les images."

D'après Plantu, sa case remplie chaque jour en Une du journal sera amenée à être occupée par de jeunes dessinateurs de Cartooning for peace, le réseau créé par Plantu lui-même et Kofi Annan en 2006.

"On va par exemple demander à un dessinateur irakien de mettre un dessin le lundi, le mardi. Et puis après, il y aura un Vénézuelien. Après, il y aura un Américain. C'est génial ! Et il y aura des dessinatrices, Jérôme Fenoglio m'a demandé de mettre la main sur des petites jeunes qui font des dessins."

Plantu

"On va mettre en avant des petites jeunes qui font des dessins, que ce soit en France ou ailleurs... En Chine, il y a un dessinateur chinois qui est en taule parce qu'il a fait un dessin qui rendait hommage au premier médecin qui a découvert le drame de la pandémie, eh bien on peut rendre hommage, montrer ce dessin de Chine. On va essayer de mettre en avant toutes ces dessinatrices et dessinateurs. On laissera la une pour le dessinateur de Cartooning for peace. Il y a 250 dessinateurs de 52 pays, de toutes religions, chrétiens, juifs, musulmans..."

"Je continuerai à faire des piges dans les pages Débats, indique-t-il. De temps en temps, en pages intérieures, je ferai ce qu'on appelle une pige pour raconter, faire un dessin, dont ce dessin d'ailleurs sur Richelieu, que j'aime beaucoup, qui n'a jamais été publié. C'est Richelieu qui est l'inventeur des réseaux sociaux et il dit : 'Qu'on me donne 10 lignes écrites de la main du plus honnête homme et j'y trouverais de quoi le faire pendre'. Et quand on voit la manière dont les réseaux sociaux sont en train de devenir les nouveaux procureurs de la République, je me dis : 'Tiens ! il faut parler des réseaux sociaux et de cette phrase incroyable de Richelieu, qui est pour moi l'inventeur des réseaux sociaux parce qu'il a fait pendre à partir de trois lignes de quelqu'un."

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.