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"France-Soir", c'est fini

Les rotatives du quotidien n'imprimeront pas de dernier numéro, a annoncé la direction du journal, qui mise désormais sur un site internet gratuit.

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France Télévisions
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Un vendeur à la criée vend "France-Soir", le 15 janvier 1947 à Paris. (AFP)

Cette fois, c'est bel et bien fini. Les rotatives de France-Soir n'imprimeront pas de dernier numéro, a annoncé mercredi 14 décembre la direction du quotidien sur Twitter. Malgré une bataille de procédure entre syndicats et direction, le propriétaire du titre, Alexandre Pougatchev, a décidé d'appliquer son plan : arrêter définitivement l'édition papier et tenter l'aventure d'un site internet gratuit, en supprimant au passage 89 emplois sur 127.

Les dernières semaines du quotidien ont été ponctuées de manifestations et de mobilisations syndicales pour tenter de dissuader Pougatchev. En vain. Plusieurs actions en justice ont été engagées contre la direction, les représentants du personnel estimant que le propriétaire du journal n'avait pas respecté les procédures vis-à-vis du comité d'entreprise pour mettre son plan à exécution.

Un quotidien à l'histoire exceptionnelle

France-Soir paraît pour la première fois en novembre 1944 et devient rapidement le premier quotidien de la Résistance, puis le premier journal français, franchissant le million d'exemplaires vendus chaque jour en 1953. Un bandeau en une proclame "Le seul quotidien vendant plus d'un million d'exemplaires" jusqu'au début des années 1960. A la grande époque, France-Soir publie sept éditions par jour et emploie plus de 400 journalistes au siège de la rue Réaumur, au cœur de Paris. Des centaines d'ouvriers concourent 24 heures sur 24 au succès du titre.

Des Parisiens lisent l'édition spéciale de "France-Soir" datée du lundi 7 mai 1945, qui annonce la capitulation sans condition de l'Allemagne nazie. (LIDO / SIPA)

La réactivité du titre est impressionnante : il faut moins de deux heures pour qu'un nouveau journal paraisse en cas d'événement marquant. La guerre d'Algérie constitue un moment particulièrement fort avec des tirages allant jusqu'à 1,5 million d'exemplaires au moment du putsch des généraux. Symbole d'une presse moderne "à l'américaine" - grandes photos, titres chocs, infos-services et bandes dessinées -, France-Soir commence pourtant à voir ses ventes reculer. Un record sera cependant battu le jour de la mort du général de Gaulle, le 9 novembre 1970, avec plus de 2,2 millions d'exemplaires vendus.

Un titre ballotté de mains en mains

Pierre Lazareff, son charismatique directeur, disparaît en 1972. Henri Amouroux, qui prend les rênes du journal en 1974, ne parvient pas à enrayer le déclin. Le groupe Hachette vend France-Soir en 1976. Robert Hersant, surnommé "le Papivore", le reprend un peu plus tard mais échoue à le relancer.

Le journal change encore de mains à plusieurs reprises, racheté ou repris au tribunal de commerce par des hommes d'affaires ou des investisseurs, mais plus jamais par des hommes de presse. En 2009, il est racheté par Alexandre Pougatchev : le jeune milliardaire russe injecte 75 millions d'euros à fonds perdus, auxquels s'ajoutent une dizaine de millions d'euros d'aides publiques.

Un policier au milieu de milliers d'exemplaires de "France-Soir", jetés par des militants de la CGT sur l'avenue des Champs-Elysées à Paris, le 13 décembre 2011, pour dénoncer la fin de l'édition imprimée. (FLORENT DUPUY / SIPA)

Un sursaut des ventes, qui passent de 20 000 à 80 000 exemplaires pendant quelques mois, est suivi d'une valse des dirigeants et de changements de ligne éditoriale. Alexandre Pougatchev, las de renflouer les caisses, finit par jeter l'éponge, faisant disparaître une des institutions de la presse d'après-guerre.

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