Philippe Geluck contre "Les Inrocks" : leur échange musclé en trois actes

L'hebdomadaire culturel a adressé une chronique rugueuse au dessinateur belge, qui jugeait "dangereuse" la une du "Charlie Hebdo" post-attentats.

Le dessinateur Philippe Geluck participe à un rassemblement en hommage aux victimes de l\'attaque de \"Charlie Hebdo\", à Bruxelles (Belgique), le 7 janvier 2015.
Le dessinateur Philippe Geluck participe à un rassemblement en hommage aux victimes de l'attaque de "Charlie Hebdo", à Bruxelles (Belgique), le 7 janvier 2015. (DAINA LE LARDIC / ISIFA / SIPA)

Le débat sur la liberté d'expression et ses limites n'en finit pas de diviser. Le dessinateur belge Philippe Geluck, créateur du célèbre Chat, s'est ainsi trouvé confronté aux attaques du magazine Les Inrocks, après avoir émis des réserves sur la dernière une de Charlie Hebdo, qui représentait Mahomet. Il se dit "victime d'une fatwa" de la part de l'hebdomadaire culturel, dans Le Figaro, jeudi 29 janvier.

Acte 1 : "La une de 'Charlie' est dangereuse", dit Geluck

Une semaine exactement après l'attaque des bureaux de Charlie Hebdo au cours de laquelle dix membres de l'équipe ont été abattus par les frères Kouachi, le "numéro des survivants" sortait en kiosque. L'occasion pour Europe 1 d'inviter le dessinateur du Chat, Philippe Geluck. Interrogé sur la nouvelle une de l'hebdo satirique, Philippe Geluck émet quelques réserves. "Je la trouve dangereuse mais je la comprends", explique-t-il alors, concernant cette nouvelle représentation du prophète Mahomet.

"La liberté d’expression qui est totale chez nous ne doit pas, pour autant, nier une certaine responsabilité", estime le dessinateur. Philippe Geluck se dit "certain (...) que tous les dessinateurs, survivants et disparus, n’ont aucune intention de blesser les musulmans sincères et démocratiques". Néanmoins, "ils le font et je pense qu’il y a une vraie réflexion à faire."

Acte 2 : "Les Inrocks" taclent Geluck, "charlot plutôt que Charlie"

En réponse à ces commentaires, le journaliste des Inrocks Christophe Conte adresse à Geluck son "billet dur", lundi. Cette chronique hebdomadaire mordante est illustrée par Coco, qui dessine également pour Charlie Hebdo. La dessinatrice s'y moque du Chat de Geluck, lui attribuant "un gros pif", "une gueule de con" et "pas de couilles".

Dans son texte, le journaliste se dit "agacé, puis révolté, puis attristé" par l'intervention de Geluck, qui n'a, selon lui, "rien compris". Il égratigne au passage le célèbre illustrateur de presse Plantu. "Toi et Plantu, les VRP du crayon, les Pipo et Bimbo de la fausse insolence pour profs de collège en retraite, (...) vous rappeliez mécaniquement votre attachement à la liberté d’expression (c’était la moindre des choses), tout en prenant d’imperceptibles distances morales vis-à-vis du sujet le plus inflammable, à savoir la représentation du prophète."

Le journaliste accuse Geluck d'avoir, depuis les attentats, "ânonné ce catéchisme convenu qui équivaut à plier aux injonctions irrationnelles et meurtrières de quelques fous". Il qualifie Geluck de "lâche", qui ne "risque pas grand-chose" avec son Chat "à part une fatwa de Grosminet", avant de conclure : "Un charlot plutôt qu’un Charlie." 

Acte 3 : Geluck s'estime "victime d'une fatwa"

Philippe Geluck ne semble pas se sentir menacé par Grosminet, mais bien par Les Inrocks. Dans Le Figaro, il répond au "billet dur" de Christophe Conte : "Je suis victime d'une fatwa de la part d'un type dans Les Inrocks. Je n'ai pas réagi face à quelqu'un qui éructe des choses aussi péremptoires." Le père du Chat répète "comprendre le fait que Luz ait réalisé cette couverture, car ne pas la faire se serait résumé à renier ce que Charlie Hebdo et ses dessinateurs étaient profondément avant les attentats". Il maintient toutefois qu'il a trouvé la couverture "dangereuse, dans le sens où si elle provoquait une nouvelle vague de heurts, si elle avait coupé la vie à une personne supplémentaire, ça aurait été trop".

Aux attaques des Inrocks qui le traitent de "lâche", il rétorque, sans remettre en question sa propre prudence : "Je connais mon engagement de citoyen et d'artiste. Il y a des sujets à contourner sensiblement pour éviter l'effet du frontal qui peut s'avérer désastreux."