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Les 20 pays les plus puissants se réunissent jeudi à Londres pour tenter d'apporter des réponses à la crise économique

Principaux thèmes au menu de ce sommet: quelles politiques de relance ? quelles nouvelles régulations ? Comment stabiliser les échanges internationaux ?Principal enjeu: les décisions annoncées ramèneront-elles la confiance pour permettre un redémarrage de la croissance alors que toutes les prévisions tablent sur une récession mondiale en 2009 ?
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le g20 à l'heure des choix  (Big Ben à Londres) (AFP)
Principaux thèmes au menu de ce sommet: quelles politiques de relance ? quelles nouvelles régulations ? Comment stabiliser les échanges internationaux ?

Principal enjeu: les décisions annoncées ramèneront-elles la confiance pour permettre un redémarrage de la croissance alors que toutes les prévisions tablent sur une récession mondiale en 2009 ?

Le directeur du FMI a fixé au sommet cinq objectifs :
-résoudre le problème des banques,
-adopter d"autres mesures de relance si nécessaire,
-aider les pays émergents,
-se préoccuper des pays pauvres et renforcer le rôle du FMI.

En revanche, Dominique Strauss-Kahn ne croit pas que le sommet puisse se pencher sur le système monétaire mondial (le nouveau Bretton Woods) limitant très nettement les ambitions d'une telle réunion : «c"est une époque différente et nous n"avons pas à créer de nouvelles institutions. De plus la durée des négociations, une journée, ne le permet pas ». La question de l'équilibre global du système et notamment la place du dollar est aujourd'hui mise en avant par un pays comme la Chine.

Le sommet de Londres débouchera-t-il sur de véritables décisions (on indique que les positions anglo-saxonnes d'un côté et franco-allemandes de l'autre se seraient rapprochées) ou cette réunion se terminera-t-elle sur un échec comme le sommet de Londres en 1933, aggravant la crise de 1929. Tel est l'enjeu de ce G20.

Projet de résolution

Le sommet devrait déboucher, selon des fuites dans la presse , sur un communiqué en 24 points qui réitère les engagements des grands pays industrialisés et des principaux pays émergents qui composent le G20, à éviter tout protectionnisme (position particulièrement défendue par un pays du Sud comme le Brésil) mais reste vague concernant leur position au sujet d'un programme mondial de relance budgétaire.

Le document, que sont en train de préparer les sherpas des chefs d'Etat ou de gouvernement (Xavier Musca pour la France), affirme que les mesures nationales de relance budgétaire déjà adoptées allaient augmenter la production mondiale de plus de deux points de pourcentage et créer plus de 20 millions d'emplois...

Selon le projet de déclaration, révélé par le Financial Times, des mesures doivent être prises sur les fonds spéculatifs, la rémunération des banquiers, les paradis fiscaux contre lesquels des sanctions non spécifiées seront prises, les réserves des banques en capital et la valorisation des devises.

"Nous sommes déterminés à restaurer la croissance maintenant, résister au protectionnisme et à réformer nos marchés et institutions pour l'avenir", indique le projet de communiqué cité par le FT. «Nous sommes déterminés à faire ne sorte que cette crise ne se reproduise pas."

Les fonds spéculatifs seraient supervisés par un Forum de stabilité financière (FSF) aux pouvoirs renforcés et regroupant tous les pays du G20. Il changera de nom pour s'appeler "Conseil de stabilité financière" (Financial Stability Board). En outre, le G20 souhaite que les salaires des dirigeants d'entreprise "récompensent les performances réelles et évitent les prises de risque excessives". Le G20 devrait en principe s'engager à doubler les fonds disponibles du FMI qui sont actuellement de 250 milliards de dollars. Le projet de déclaration appelle à l'achèvement des négociations de libéralisation du commerce international dites du cycle de Doha, paralysées depuis plusieurs années.

Les membres du G20 s'engagent aussi à s'abstenir de toute "course à la dévaluation" compétitive.

Le projet de déclaration ne semble pas contenir des chiffres précis sur d'éventuelles nouvelles mesures visant à relancer la demande. Fort des mesures déjà prises et d"éventuels nouveaux engagements, le G20 prévoit une reprise de la croissance….fin 2010.

Des divergences USA Europe ?

Sur la façon de lutter contre la crise, il y a là, semble-t-il, une divergence entre Washington et certains pays européens sur les politiques de croissance.

Le ministre britannique des Finances Alistair Darling a ainsi précisé, de façon très diplomatique, que les pays ne seraient pas obligés de révéler leurs plans de dépenses au sommet mais qu'ils devaient réaliser que le soutien de la demande jouera un rôle central dans la reprise. "Nous ne disons pas que tout le monde doit faire la même chose en même temps, le même jour", a-t-il déclaré à la BBC. "Nous avons besoin d'être sûrs d'avoir un engagement des pays à agir ensemble, de faire ce qui est approprié dans leurs pays. En agissant ensemble dans ce sens, l'effet n'en sera que meilleur".

Dans un entretien au Financial Times, Barack Obama indique que les pays du G20 décideront "de faire ce qui est nécessaire pour promouvoir les échanges commerciaux et la croissance". Il minimise la question d'un désaccord transatlantique. "Le plus important pour nous tous est de livrer un message d'unité fort face à la crise. Il nous faut de la relance et de la régulation ». Le président américain reconnait cependant indirectement des difficultés : «Dans tous les pays, il y a une tension perceptible entre les mesures nécessaires pour relancer l'économie et le fait que nombre de ces mesures sont très coûteuses. Les contribuables sont à juste titre sceptiques quand il s'agit de dépenser trop, en particulier quand on croit qu'une partie de cet argent n'est pas dépensé pour eux mais pour d'autres qui sont considérés comme ayant une part de responsabilité dans la crise".

L"Allemagne de son côté, fidèle à sa ligne orthodoxe en matière financière, a estimé par la voix de sa chancelière, que "la crise ne s'est pas produite parce que nous avons distribué trop peu d'argent, mais parce que nous avons créé de la croissance économique avec trop d'argent et que ce n'était pas une croissance durable"…

Des divergences sur le FMI ?

Le Fonds monétaire international devrait obtenir du sommet du G20 à Londres une augmentation substantielle de ses ressources, mais la réforme de sa gouvernance, pour y accroître le rôle des pays émergents, a moins de chances d'avancer.

Lors de leur réunion préparatoire du 14 mars, les grands argentiers du G20 se sont mis d'accord pour doubler, voire tripler les ressources du Fonds, appelé à prêter à de nombreux pays atteints par la crise économique et financière mondiale. Le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn estime qu'il s'agit du minimum pour éviter de tomber à court face à des demandes d'aide qui se sont multipliées depuis l'automne.

Cet engagement devrait permettre de masquer les divisions sur une autre question dont discutera le G20, plus embarrassante: l'affichage des bonnes intentions a été fréquent pour accroître la légitimité du FMI en y renforçant le poids des grandes économies du sud, notablement sous-représentées. Mais les actes n'ont pas suivi.

Actuellement, au conseil d'administration, la Belgique a toujours un poids de 50% supérieur au Brésil, et la France de 32% supérieur à la Chine.Une réforme de ces droits de vote a été discutée plusieurs années, adoptée solennellement par les 185 Etats membres du FMI en avril 2008, et n'est toujours pas entrée en vigueur. Elle nécessite d'être approuvée par les parlements de pays représentant 85% des droits de vote du FMI.

Les Etats-Unis (16,8% des droits de vote à eux seuls) sont ainsi en faveur de son achèvement en janvier 2011. Mais leur Congrès ne s'est pas encore saisi de la question...

Pour les critiques de l'institution, "le G20 devrait y réfléchir à deux fois avant d'accroître le financement du FMI sans réformes", affirme Dan Beeton, du Center for Economic and Policy Research à Washington. Selon lui, le FMI a commis des erreurs dans sa gestion des crises, et s'il "affirme avoir appris certaines leçons et changé sa politique, il y a trop de signes qu'il ne l'a pas fait (...) Au moins neuf des accords que le Fonds a signés avec des pays depuis septembre, comme ceux avec les pays d'Europe de l'Est, El Salvador et le Pakistan, contiennent des éléments de politiques de rigueur".

Divergences Nord Sud ?

Un autre sujet –très complexe- peut provoquer des divergences entre les pays du G20. Celui qui sépare les pays structurellement excédentaires et ceux structurellement déficitaires. Principaux symboles de cette coupure : la Chine et les USA.

Le Brésil s"inscrit aussi dans cette démarche : Pour le ministre brésilien des Affaires stratégiques, Roberto Mangabeira Unger, la discussion devrait porter sur le déséquilibre entre économies excédentaires et déficitaires, la réorganisation totale du système financier (et pas seulement la réforme des institutions) et la relance des économies par une meilleure distribution des richesses. "C'est cette vision que le président exposera à Londres", a expliqué M. Mangabeira. A Londres, le président brésilien, Luiz Inacio Lula aura un entretien bilatéral avec son homologue chinois Hu Jintao.

Le président chinois –dont l"économie très tournée vers l"exportation est particulièrement touchée par la crise- dirige un pays à l"épargne florissante. Cette particularité a incité les Chinois a poser, pour le moment de façon relativement modérée, la question du système monétaire international basé sur la prédominance du dollar. "Pour le moment, il est difficile d'ébranler la position des Etats-Unis", reconnait Wang Yong, expert en relations internationales à l'Université de Pékin. "Mais, vu ce qui se passe, des réformes s'imposent. Cela va être le principal message de la Chine à ce sommet", ajoute-t-il.

Une des réformes évoquées par la Chine a été celle de la monnaie de réserve internationale. Le gouverneur de la Banque centrale Zhou Xiaochuan a lancé un pavé dans la mare il y a quelques jours en appelant à la création d'une nouvelle monnaie de réserve et donc, implicitement, à détrôner le dollar de ce rôle. «Il faut souligner l'importance d'une réforme du système financier" international, avait affirmé Zhou Xiaochuan. "Les mesures fiscales et monétaires ne servent à rien si l'on ne prend pas ce chemin et nous souffririons tous si on ne le fait pas", avait-t-il insisté.

La Chine est particulièrement sensible à cette question en raison de l"importance de ses avoirs en dollars. Une partie de ses réserves monétaires (2000 milliards de dollars) sont aujourd'hui libellées en dollars. Et la Chine s'est inquiétée à plusieurs reprises de l'avenir de ces avoirs en raison de l"injection massive de liquidités aux Etats-Unis qui pourraient entraîner des risques sur la valeur de la monnaie américaine. Côté américain, les pressions chinoises sont à prendre au sérieux étant donné que la Chine est l'un des gros acheteurs de bons du trésor de l'Oncle Sam.

"Le système financier et international est complètement dépendant des Etats-Unis et de la Réserve fédérale américaine. S'ils manquent d'autodiscipline, le monde entier paie", souligne Sun Zhongtao, professeur de stratégie internationale à l'Ecole centrale du Parti communiste chinois à Pékin.

Le groupe des 20

Le Groupe des 20 (G20) est un forum économique qui a été créé en 1999, après la succession des crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d'un dialogue élargi tenant compte du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays.

Le G20 représente les deux tiers du commerce et de la population mondiale et plus de 85 % du produit mondial brut (somme des PIB de tous les pays du monde).

Avec la crise financière, le 15 novembre 2008, pour la première fois de son histoire, ce sont les chefs d'État ou de gouvernement qui se sont réunis et non uniquement les ministres des finances. C'était à Washington.

Pays membres du G20:
Le G20 regrôupe les pays membres du G8 (les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie, le Canada, et la Russie). Les pays du G8 représentent 61% de l'économie mondiale.

A ces huit pays, il faut ajouter Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique et Turquie. Le 20e "pays" est l'Union européenne.

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