Le groupe européen, qui a jeté l'éponge sur un appel d'offres aux USA, affiche par ailleurs une lourde perte en 2009

Associé par le biais de sa filiale Airbus au groupe américain Northrop Grumman dans un appel d'offres pour fournir des avions ravitailleurs au Pentagone, EADS a jeté l'éponge lundi, laissant la voie libre à Boeing qui avait multiplié les procédures contre son rival.EADS a révélé qu'il avait plongé dans le rouge en 2009 à cause de l'A400M et l'A380.

L\'A-400M d\'Airbus en démonstration le 09/03/10
L'A-400M d'Airbus en démonstration le 09/03/10 (AFP Eric Piermont)

Associé par le biais de sa filiale Airbus au groupe américain Northrop Grumman dans un appel d'offres pour fournir des avions ravitailleurs au Pentagone, EADS a jeté l'éponge lundi, laissant la voie libre à Boeing qui avait multiplié les procédures contre son rival.

EADS a révélé qu'il avait plongé dans le rouge en 2009 à cause de l'A400M et l'A380.

Quelques heures après avoir publiquement renoncé au méga-contrat des ravitailleurs de l'armée de l'air américaine, le groupe d'aéronautique et de défense a publié une perte nette de 763 millions d'euros, contre un bénéfice de 1,57 milliard un an plus tôt. Il a subi comme prévu une nouvelle provision de 1,8 milliard d'euros en raison des surcoûts liés à l'avion de transport militaire A400M, dont le partage avec les pays clients a été annoncé vendredi. Elle s'ajoute à 2,4 milliards de provisions prises sur les exercices passés sur ce programme qui accuse plus de 3 ans de retard.

Les résultats de sa principale filiale Airbus ont aussi été pénalisés par une charge de 240 millions d'euros sur le très gros porteur A380, dont la montée en cadence est plus complexe que prévu.

En raison de ces pertes, le groupe renonce à verser de dividende au titre de 2009. Ce n'est pas la première fois qu'il est dans le rouge: il était en perte en 2007, déjà en partie à cause de l'A400M. Pour 2010, EADS attend un chiffre d'affaires "globalement stable" (42,8 milliards en 2009). Le résultat d'exploitation (Ebit) est attendu à "environ 1 milliard", après une perte de 322 millions l'an dernier. La conjoncture économique est "certes en voie d'amélioration, mais encore volatile", juge le groupe, prudemment.

Airbus devrait pour sa part augmenter sa cadence de production des monocouloirs de la famille A320 de 34 à 36 avions par mois à compter de décembre 2010, "tout en stabilisant le taux de production des long-courriers aux environs de huit unités par mois".

EADS va poursuivre sa stratégie américaine en dépit des ravitailleurs
Le groupe européen EADS va poursuivre sa stratégie de développement aux Etats-Unis, même s'il a renoncé à concourir pour le contrat géant de fourniture d'avions ravitailleurs au Pentagone, a déclaré mardi son président exécutif Louis Gallois.

Lundi, EADS et son partenaire américain Northrop Grumman avaient annoncé qu'ils se retiraient de la compétition pour les ravitailleurs, laissant de fait le champ libre à Boeing. "Nous avons pris cette décision au vu de la structure de l'appel d'offres (...) qui privilégie clairement le ravitailleur plus petit de Boeing et ne reconnaît pas comme il le faudrait les avantages d'un ravitailleur plus grand", a expliqué Northrop Grumman dans un communiqué.

Boeing ne peut que se réjouir: sept ans après avoir remporté ce contrat dans des conditions contestées qui avaient conduit à son annulation, le géant américain devrait donc être assuré de remporter le méga-contrat de 35 milliards de dollars pour la livraison de 179 avions ravitailleurs.

L'Européen EADS, dont l'appareil KC-45, une version modifiée de l'Airbus A330, avait été retenu en 2008 avant que Boeing n'obtienne une nouvelle annulation du contrat pour vices de procédure, n'a pu que s'incliner devant la décision de son partenaire américain Northrop. Louis Gallois a exclu la possibilité d'une offre d'EADS seul: "Nous n'envisageons pas d'y aller seuls sans Northrop Grumman". Quant au Pentagone, il s'est dit "déçu" lundi par la décision de Northrop Grumman et de son partenaire européen Airbus de ne pas participer à l'appel d'offres pour la fourniture d'avions ravitailleurs, qui laisse l'Américain Boeing seul en lice.

"Nous ne changeons pas notre stratégie concernant le marché américain" et "nous voulons accroître notre présence aux Etats-Unis", a dit pour sa part Louis Gallois à des journalistes, en marge de la présentation des résultats annuels de son groupe.

L'UE adresse une mise en garde à Washington
La Commission européenne a jugé mardi "hautement regrettable" que l'avionneur européen Airbus se retire d'un appel d'offres pour la fourniture d'avions ravitailleurs aux Etats-Unis et s'est inquiétée que les termes du contrat puissent être biaisés."Il est hautement regrettable qu'un fournisseur potentiel majeur se sente incapable de présenter sa candidature pour un contrat de ce type", a commenté le commissaire européen chargé du Commerce, Karel De Gucht. "La Commission européenne serait extrêmement inquiète s'il apparaissait que les termes de l'appel d'offres étaient de nature à empêcher une concurrence ouverte pour le contrat."