La "rustine", le mot magique des politiques pour dénoncer les mesures anti-crise

"Petite pièce de caoutchouc destinée à obturer un trou dans une chambre à air", la célèbre "rustine" fut brevetée en 1921. La marque a depuis largement débordé le champ cycliste pour envahir celui du politique, notamment en temps de crise.

La célèbre invention de la rustine est brevetée en 1921, par Louis Rustin.
La célèbre invention de la rustine est brevetée en 1921, par Louis Rustin. (Rustine)

"Petite pièce de caoutchouc destinée à obturer un trou dans une chambre à air", la célèbre "rustine" fut brevetée en 1921. La marque a depuis largement débordé le champ cycliste pour envahir celui du politique, notamment en temps de crise.

Familier de tous les Français, bien au-delà des coureurs du dimanche, le mot "rustine" revient régulièrement dans les discours des responsables politiques depuis le début de la crise.

Une occurrence d'autant plus signifiante que sur son site, la société RUSTIN explique se trouver "dans un secteur d'activité où la complexité des besoins et la nécessité de faire constamment évoluer chaque produit devient de plus en plus critique".

Ca ne s'invente pas.

Du bon usage du caoutchouc

Interrogé dimanche sur la situation économique de la France, Dominique de Villepin, pourtant féru de poésie, l'a joué façon réclame : "Ne nous contentons pas de rustines", a lancé l'ancien premier ministre dans l'émission "Radio France politique" plaidant pour "véritablement assainir notre économie et nos finances" afin de "retrouver une position d'égalité avec l'Allemagne".

"Un plan de rigueur juste, ce serait une façon de faire preuve de décision, de courage (...), de réparer un certain nombre de dégâts du début du quinquennat", a-t-il poursuivi, égratignant au passage le probable candidat, Nicolas Sarkozy.

Le même jour, François Bayrou, "frappé et inquiet" par "les réponses au coup par coup" a lui aussi usé du concept pour critiquer la politique du gouvernement, évoquant "une rustine après l'autre". Fort inspiré, le président du MoDem a demandé l'arrêt de "la politique de bouche-trous".

"L'euro trop cher"

Il y a quelques mois, en juillet, jouant davantage sur la peur que l'humour, le vice-président du Front national, Louis Aliot, avait parlé du sommet de Bruxelles comme d'une "rustine qui ne règle rien et ne laisse entrevoir rien de bon pour l'avenir".

Dans la même veine, le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, commentant ce sommet européen de juillet, avait dit que "cet accord 'grosse rustine' qui va endetter un peu plus les Français, sans aider les Grecs, ne règle en rien la cause de l'effondrement des économies du sud et de la France : l'euro trop cher".

La crise économique n'est pas le seul domaine où, à défaut d'avancer des mesures concrètes et chiffrées, l'invention centenaire se révèle fort pratique. Interrogé sur la question des rythmes scolaires, en début d'année, Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, avait utilisé cette expression énigmatique : "l'ensemble des acteurs sont d'accord pour dire 'il ne faut pas une énième rustine aux rythmes scolaires, il faut une vision globale".

Les twittos collent au peloton

Jamais en retard d'un "cycle", les abonnés du réseau Twitter collent à la roue. Et de recourir eux aussi au mot "magique": "Le Gouvernement invente une nouvelle rustine contre la #dette. Qd comprendront-ils qu'il faut tout revoir? (après 2012?)" écrit

"Les marchés attendent les détails de l'accord européen, le doute reprend le dessus. La rustine perd déjà son efficacité", souligne pour sa part . Ou encore : "Euro : la rustine ! Un répit, pas la solution", affirme.

Même les experts les plus réputés sont aussi de la partie : "Complètement d'accord ... La rustine risque de sauter rapidement quand les Agences de notation vont sortir du bois !", commente ainsi qui n'est autre que l'ancien sherpa de François Mitterrand.

"Qui c est Rustine une nouvelle ministre j avais pas suivi", s'interroge encore .

Qui sait... en cas de gros temps, les "roues de secours" sont fort utiles...