La privatisation de la FDJ "est contestable sur le plan de la santé publique", alerte l'économiste Henri Sterdyniak

Selon l'économiste, la privatisation de la Française des jeux va donner lieu à une "situation ambiguë", entre les actionnaires qui feront pression pour développer l'activité de l'entreprise et les problèmes d'addiction aux jeux que cela peut générer.

L\'économiste Henri Sterdyniak le 25 janvier 2017 sur franceinfo. 
L'économiste Henri Sterdyniak le 25 janvier 2017 sur franceinfo.  (FRANCEINFO)

La privatisation de la Française des jeux (FDJ) "est contestable sur le plan de la santé publique", alerte Henri Sterdyniak, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et membre des "Economistes atterrés", dimanche 13 octobre sur franceinfo. "On ne peut pas souhaiter que beaucoup de Français soient 'addicts' aux jeux", explique-t-il, alors que le gouvernement espère tirer plus d'un milliard d'euros de cette privatisation, qui sera lancée à partir du 7 novembre. "La situation sera extrêmement ambiguë puisque, d'un côté, on va avoir des actionnaires qui vont faire pression pour développer le chiffre d'affaires de l'entreprise (…) et puis, de l'autre côté, on va avoir les soucis de santé publique", souligne Henri Sterdyniak, qui doute des moyens de contrôle de l'Etat.

franceinfo : Fallait-il absolument en passer par la privatisation pour développer la Française des jeux ?

Henri SterdyniakD'abord, la première question est la suivante : faut-il développer la Française des jeux ? C'est un secteur délicat. On ne peut pas souhaiter que beaucoup de Français soient "addicts" aux jeux, et donc c'est tout le problème. C'est une entreprise dont on peut souhaiter, au contraire, qu'elle se développe peu, et que les gens aient d'autres activités que jouer au PMU ou au loto !

Bruno Le Maire promet que l'Etat contrôlera mieux la FDJ avec la création de l'Autorité nationale des jeux. Êtes-vous d'accord avec le ministre ?

La situation sera extrêmement ambiguë puisque d'un côté on va avoir des actionnaires qui vont faire pression pour développer le chiffre d'affaires de l'entreprise, trouver des jeux de plus en plus innovants, de plus en plus amusants, et puis de l'autre côté on va avoir les soucis de santé publique. L'arbitrage sera délicat. Il faut, par ailleurs, contrôler que les mineurs ne jouent pas, avec des sanctions à la clé contre les buralistes qui vendent des jeux aux mineurs. Il faut aussi contrôler que cela ne serve pas à faire du blanchiment d'argent sale. Les intérêts de l'entreprise diffèrent des intérêts publics. C'est pourquoi l'opération est contestable sur le plan de la santé publique.

Cette privatisation peut rappeler la vague de privatisations de 1986 sous François Mitterrand. Mais est-ce vraiment comparable ?

Non, car il ne reste pas grand-chose à privatiser. Et tout ce qui est privatisable aujourd'hui est extrêmement contestable, soit sur le plan de la santé publique, soit de la sécurité économique, soit des moyens d'action de l'Etat. Lorsqu'on privatise un aéroport, cela pose des questions délicates sur le contrôle des frontières. Et là, avec la Française des jeux, naturellement, cela pose des questions de santé publique.