La Poste devient lundi une société anonyme à capitaux publics après des mois de débats et de contestation sociale

Auparavant administration reliée aux télécommunications (PTT), elle était devenue en 1991 un établissement public industriel et commercial (Epic). Elle était l'une des dernières en Europe, avec celle du Luxembourg, à ne pas être une société anonyme.Opposition et syndicats craignent que ce changement de statut n'ouvre la voie à une privatisation.

La Poste
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Auparavant administration reliée aux télécommunications (PTT), elle était devenue en 1991 un établissement public industriel et commercial (Epic). Elle était l'une des dernières en Europe, avec celle du Luxembourg, à ne pas être une société anonyme.

Opposition et syndicats craignent que ce changement de statut n'ouvre la voie à une privatisation.

L'idée de faire évoluer son statut a été amenée à l'été 2008 par son président Jean-Paul Bailly: son argument, partagé par le gouvernement, est que La Poste a besoin de nouveaux financements pour s'adapter à l'internet et à l'ouverture totale à la concurrence du secteur postal en Europe.

Le courrier ordinaire (moins de 50 g) sera libéralisé le 1er janvier 2011 dans une majorité de pays de l'Union européenne, dont la France. Or, selon M. Bailly et le gouvernement, cet afflux d'argent ne peut se faire avec le statut actuel de l'entreprise car il s'agirait alors d'une aide d'Etat, à laquelle Bruxelles est opposé, ce qui n'est pas le cas avec le statut de société anonyme qui lui permettrait aussi de réaliser des acquisitions.

Une interprétation que contestent la gauche et les syndicats, qui n'ont eu de cesse de combattre la réforme, avec notamment quatre journées de grève de CGT, Sud, CFDT, FO et CFTC, qui pèsent à eux cinq 94% des voix aux élections professionnelles. Selon les syndicats, La Poste est "peu endettée" avec seulement 6,3 milliards d'euros, soit un tiers du chiffre d'affaires 2008, et l'Etat peut la financer via des dotations en capital.

Le point culminant a été l'organisation en octobre d'une "votation citoyenne", sans valeur juridique, dans 10.000 "bureaux de votes" improvisés, où 2,3 millions de personnes ont répondu non à la question: "Le gouvernement veut changer le statut de La Poste pour la privatiser, êtes-vous d'accord ?"

Des réassurances du gouvernement
La crainte d'une privatisation rampante a été au coeur de la contestation, malgré les dénégations du gouvernement: Non, l'Etat "n'est pas en train de liquider" La Poste, a promis la ministre de l'Economie Christine Lagarde. Il s'agit de "garantir à 100% la poursuite (de son) caractère public" et elle sera "imprivatisable", a renchéri le ministre de l'Industrie Christian Estrosi.

De même, le statut des fonctionnaires a été confirmé tandis que le régime de retraite complémentaire des postiers actuels, qui risquait de devenir moins favorable dans le texte initial, a été garanti.

Le débat au Parlement a traîné en longueur, du 2 novembre au 12 janvier, repoussant le changement de statut, initialement prévu début janvier, au 1er mars.

La loi stipule que "cette transformation ne peut avoir pour conséquence de remettre en cause le caractère de service public national de La Poste", que l'Etat gardera une part majoritaire et autorise l'actionnariat salarié. Elle ouvre la voie à une augmentation de capital: dans les prochains mois, La Poste va recevoir 1,2 milliard d'euros de l'Etat et 1,5 milliard de la Caisse des dépôts et consignations.