Trois questions sur la grève des salariés d'EDF contre les mesures du gouvernement

Les salariés du groupe EDF sont en grève mercredi contre les mesures du gouvernement pour contenir la hausse des prix de l'énergie. Une oppositon contre l'État-actionnaire que partage la direction.

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Radio France
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Illustration EDF. (SAMEER AL-DOUMY / AFP)

Le taux de mobilisation de la grève à EDF, mercredi 26 janvier, s'élève à 37,20% à la mi-journée, a annoncé le service de presse de l'entreprise. Plus d'un tiers des salariées a donc suivi l'appel de l'intersyndicale composée de la CGT, FO, la CFDT et la CFE-CGC. Les principaux syndicats  de l'énergéticien appelle les agents à cesser le travail pour protester contre les mesures du gouvernement pour contenir les factures des ménages et des entreprises. 

Contre quelle mesure les salariés d'EDF font-ils grève ?

Les salariés grévistes de l'énergéticien estiment être lésés par les dernières mesures du gouvernement contre la hausse des prix de l'énergie. L'État-actionnaire a décidé de mettre EDF à contribution pour sauver sa promesse de contenir à 4% la hausse de factures d’électricité, dans un contexte sensible à quelques semaines de l'élection présidentielle. Le gouvernement a demandé au groupe d'augmenter de 20 terawattheures (TWh) le volume d'électricité nucléaire vendu à prix réduit à ses concurrents, pour le faire passer de 100 à 120 TWh à titre exceptionnel. Avec cette mesure, EDF devrait voir s’évaporer "entre 7,7 milliards et 8,4 milliards" d'euros, selon une estimation donnée par le ministre l'Économie Bruno Le Maire.

Pourquoi cette mesure est-elle contestée ?

Fait assez rare dans le groupe public, la mesure réunit contre elle les syndicats et la direction. Le PDG Jean-Bernard Lévy a été le premier à sortir du bois après les discussions difficiles entre EDF et le gouvernement. "C’est un choc pour l’entreprise", a-t-il écrit dans une lettre à ses cadres mais la fronde déborde des étages de la direction au siège de l’avenue de Wagram à Paris. Ces deux derniers jours, la CGT, premier syndicat d’EDF, était mobilisée autour des salaires. La perspective de voir le bilan du groupe se déplumer "entre 7,7 milliards et 8,4 milliards" d’euros rend la tâche difficile pour ce genre de cause. Avec les trois autres syndicats qui appellent à débrayer mercredi, elle dénonce un saccage du service public.

Les représentants du personnel craignent pour l’emploi, les investissements sur l’avenir. Certains d’entre eux ressortent aussi le fantôme du plan Hercule qui avait fini par faire l’unanimité contre lui avec un risque de privatisation partielle de branches du groupe pour trouver de l’argent frais. Des rassemblements étaient prévus mercredi devant plusieurs préfectures notamment à Nîmes, à Montpellier, à Chambéry, à Colmar ou encore à Lons-Le-Saulnier. Des mobilisations sont aussi attendues devant plusieurs centrales nucléaires : Chinon, Civaux, Gravelines ou Le Tricastin.

Quelle peut être la suite du mouvement ?

Dans une certaine mesure, les syndicats et la direction font donc pour une fois cause commune. À noter que les syndicats préfèrent parler "d’une convergence d’intérêts" à très court terme. Car ils craignent que la direction n’en profite pour ressortir le plan Hercule de la naphtaline ou un quelconque petit cousin. La CGT n’hésite pas à mettre en garde contre un retour du risque de privatisation partielle.

En attendant, les syndicats ne se contentent pas de mobiliser. Ils se tournent aussi vers la justice et envisagent une action contre la mesure gouvernementale. Ils se souviennent de leur victoire en 2018 dans le dossier de la centrale de Fessenheim. Même option pour les salariés actionnaires qui attendent de voir le décret mis à exécution pour l’attaquer. Quant à la direction, elle laisse le devant de la scène aux syndicats pour l’instant, puisque Jean-Bernard Lévy a écrit qu’il veillerait aux intérêts du groupe. Contre son principal actionnaire donc, puisque l’État détient 84% d’EDF. 

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