"Le patron de chaque entreprise, c'est le président" : en Biélorussie, malgré la peur du licenciement, les ouvriers d'une usine d'État se mettent en grève

Alors que les manifestations contre la réélection du président Loukachenko continuent, les ouvriers de la plus grosse usine d'engrais au monde, dans le sud du pays, ont entamé une grève qui paralyse totalement la production. Les grèvistes demandent le soutien de l'Europe.

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Edité par Valentine Joubin - franceinfo - Antoine Balandra
Radio France
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Temps de lecture : 2 min.
Des mineurs manifestent à Soligorsk dans le sud de la Biélorussie, le 17 août 2020. (SERGEI GAPON / AFP)

Les 27 pays membres de l’Union européenne doivent se réunir par visioconférence, mercredi 19 août, en milieu de journée, pour évoquer la crise en cours en Biélorussie. La situation est toujours très tendue dans le pays avec de nombreuses manifestations, mardi encore, pour dénoncer la réélection du président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans. Des usines d’État se sont mises en grève comme celle qui produit des engrais à Soligorsk, dans le sud du pays, et qui emploie 20 000 personnes.

La peur de ne plus jamais avoir d'emploi

Depuis mardi, plus aucun minerai de potasse ne sort des mines de Soligorsk. L'entreprise Belarus Kalii, plus gros producteur d'engrais au monde (un cinquième de la production mondiale sort de ses usines), est à l'arrêt à cause d'une grève des ouvriers. Andreï, 46 ans, y travaillent depuis toujours et malgré la peur, participe au mouvement. "L'administration fait tout pour arrêter la grève. Ils commencent à faire peur à chaque personne, une par une, chaque ouvrier qui fait grève doit signer un document, raconte l'ouvrier. Tu peux faire grève, bien sûr, si tu signes, mais les gens ont déjà peur parce que si tu mets ta signature, on te prendra nulle part ailleurs."

Il faut comprendre qu'en Biélorussie, toutes les entreprises sont d'Etat et le patron de chaque entreprise, c'est le président.

Andreï, ouvrier biélorusse

à franceinfo

Il faut donc beaucoup de détermination pour faire grève. Alors pour les aider, les mineurs, comme beaucoup d'autres Biélorusses, demandent à l'Union européenne d'être très claire avec Loukachenko. "J'attends de l'Europe que personne ne serre jamais la main à ce dictateur sanguinaire parce que cela s'est déjà produit lors de précédentes élections, affirme Andreï. Et après, il lui avait quand même serré la main. [Angela] Merkel, par exemple, a serré la main de Loukachenko, un président qui a les mains pleines de sang jusqu'au coude."

Un soutien de l'Europe pour les grévistes

Certains Biélorusses demandent aussi à l'Europe, en plus des sanctions, une aide financière pour les grévistes ou les familles des victimes de la répression. "On n'a pas trop l'habitude de demander de l'aide de l'extérieur, témoigne Anna, traductrice, qui participe aux manifestations anti Loukachenko. D'après moi, le seul moyen, le seul instrument pacifique pour pouvoir tout changer dans le pays, c'est la grève. C'est une grève totale, nationale. Pour ça, on a besoin de moyens financiers. Parce qu'ils [les ouvriers] ont peur de faire grève parce que les directeurs les menacent en leur disant qu'ils seront licenciés. Ils ont peur."

Des ouvriers paralysent la plus grosse usine d'engrais au monde : le reportage d'Antoine Balandra
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