La méga-commande de 300 Airbus par la Chine est "un acte fondamentalement politique"

La Chine a passé lundi une commande de 300 avions Airbus à l'occasion de la visite du président chinois Xi Jinping en France. Plus qu'un acte commercial, il s'agit surtout d'un acte politique, selon Loïc Tribot La Spière, délégué général du Centre d'étude et de prospective stratégique (CEPS).

Le président de China Aviation Supplies Co., Jia Baojun, et le président d\'Airbus Guillaume Faury signent un contrat devant Xi Jinping et Emmanuel Macron, le 25 mars 2019 à l\'Elysée.
Le président de China Aviation Supplies Co., Jia Baojun, et le président d'Airbus Guillaume Faury signent un contrat devant Xi Jinping et Emmanuel Macron, le 25 mars 2019 à l'Elysée. (YOAN VALAT / POOL)

"Il ne s'agit pas d'un acte commercial mais d'un acte fondamentalement politique", a réagi mardi 26 mars sur franceinfo Loïc Tribot La Spière, délégué général du Centre d'étude et de prospective stratégique (CEPS), au lendemain de la commande de 300 appareils Airbus par l'entreprise d'État chinoise CASC, à l'occasion de la visite du président chinois Xi Jinping en France. La Chine voulait, selon lui, "montrer qu'elle était vraiment la clé de la route de la soie et le grand leader économique dans le monde".

franceinfo : Pouvait-on vraiment s'attendre à une commande si importante de la part de la Chine ?

Loïc Tribot La Spière : Au risque de vous surprendre, oui. La Chine souhaitait, en organisant ce grand déplacement politique en Europe occidentale, montrer qu'elle était vraiment la clé de la route de la soie et montrer qu'elle était le grand leader économique dans le monde. La Chine fait une arrivée fracassante dans le monde occidental en soulignant : "Je suis le plus grand acteur économique au monde".

C'est donc une manière de montrer sa puissance…

C'est une façon effectivement de marquer sa puissance. Airbus a toutes les qualités et les mérites qu'on lui reconnaît, mais en l'occurrence, il ne s'agit pas d'un acte commercial mais d'un acte fondamentalement politique, compte tenu de l'importance de cette commande.

Mais en quoi est-ce un "bon signal pour la France" comme le disait hier Emmanuel Macron ?

Lorsqu'on est dans un déclaratoire politique et diplomatique on ne peut que se réjouir de ceci. Tout d'abord on peut s'en réjouir parce que c'est une commande absolument significative qui va créer des emplois, maintenir des emplois et puis apporter de superbes devises. Mais l'inverse, c'est montrer qu'effectivement il y a désormais un acteur avec lequel il faut compter. Nous sommes retournés dans une sorte de duopole entre les Etats-Unis et la Chine, et accessoirement la Russie.

La Chine n'a-t-elle pas misé sur Airbus parce que Boeing ne va pas très fort en ce moment avec les difficultés du 737 MAX après le crash d'Ethiopian Airlines ?

Ceci a pu rentrer en ligne de compte, mais nos amis chinois sont extrêmement pragmatiques et le déplacement du président chinois incarne quelque chose de profondément symbolique. On ne traduit pas de la même manière la façon dont nos amis chinois s'expriment et commandent que le font nos amis américains. Et en l'occurrence, il ne s'agit pas d'une commande de compagnies aériennes chinoises mais d'une compagnie détenue par l'État chinois. On est donc dans une symbolique totalement politique. La Chine a souhaité montrer et envoyer un signal fort à l'Europe.