Ascoval : "L'aciérie en France est un long dossier, une mort lente qui dure depuis des années"

Emmanuelle Auriol, enseignante et chercheuse à la Toulouse School of Economics, constate que "le secteur privé ne se bouscule pas pour reprendre" l'usine de Saint-Saulve, dans le Nord.

Des salariés de l\'aciérie Ascoval de Saint-Saulve, dans le Nord, manifestent devant leur usine, le 23 octobre 2018.
Des salariés de l'aciérie Ascoval de Saint-Saulve, dans le Nord, manifestent devant leur usine, le 23 octobre 2018. (GILLES GALLINARO / FRANCE-INFO)

L'État se donne un mois pour trouver une solution à la reprise de l'aciérie Ascoval de Saint-Saulve, dans le Nord, a annoncé Bruno Le Maire mardi 26 février à l'issue d'une réunion avec les syndicats de l'usine. "L'aciérie en France est un long dossier, une mort lente qui dure depuis des années", a expliqué sur franceinfo Emmanuelle Auriol, enseignante et chercheuse à la Toulouse School of Economics (TSE).

franceinfo : Est-ce que l'État a les moyens de sauver cette usine ?

Emmanuelle Auriol : L'État se heurte à plusieurs difficultés. La première c'est de trouver des investisseurs qui eux-mêmes ont envie de reprendre ces usines et dans le cas d'Ascoval, le repreneur n'était pas recevable. L'aciérie en France est un long dossier, une mort lente qui dure depuis des années et si on n'est pas sur des produits super performants mais plutôt dans des gammes moyennes on est laminé par la concurrence internationale. Je comprends la volonté des élus locaux, mais le secteur privé ne se bouscule pas pour reprendre.

Beaucoup d'argent public a été dépensé pour aider Ascoval qui produit de l'acier haut de gamme. Qu'en pensez-vous ?

C'est comme ça qu'on a pu maintenir le site ouvert. Il faut justifier en termes économiques cet investissement public. Il faut qu'il y ait des externalités, quelque chose pour la France, pour les contribuables français qui justifie un tel investissement.

Est-ce qu'il y a eu de l'argent investi à fonds perdus ?

Dans l'histoire de l'aciérie oui. Il y a des régions entières qui vivaient de ça et on a soutenu des usines qui étaient vouées à fermer un jour ou l'autre. Là, on a essayé d'éviter cet écueil, de moderniser, de faire quelque chose de plus compétitif, mais cela n'est pas encore assez. C'est un vrai souci. C'est un peu pareil pour Ford Blanquefort : pour des raisons économiques cela a du sens de fermer. La question c'est est-ce que l'État doit se substituer au marché et donc utiliser les fonds publics pour des actions de cette nature-là ?

Comment expliquez-vous qu'on ne nationalise pas ?

Je pense que les nationalisations doivent se justifier dans certains cas très particuliers, comme au moment de la crise de 2008. C'est juste pour éviter quelque chose qui est absurde sur le plan économique. Là, on voit bien que le repreneur, qui est en redressement judiciaire, n'est pas très porteur. Si aucun investisseur privé ne veut venir, est-ce le rôle de l'État de financer ce genre d'investissement ? Je ne suis pas sûre.