Procès d'un "faucheurs de chaises" : "On a la légitimité de notre côté"

Le président des Amis de la Terre-France est jugé, mardi à Bar-le-Duc (Meuse), pour dénoncer l’évasion fiscale. Il avait volé des chaises dans une banque BNP de Nancy. Les réquisitions auront lieu le 6 juin.

Des manifestants altermondialistes manifestent devant la banque BNP Paribas, en novembre 2016, à Bordeaux. 
Des manifestants altermondialistes manifestent devant la banque BNP Paribas, en novembre 2016, à Bordeaux.  (GEORGES GOBET / AFP)

Florent Compain, président des Amis de la Terre, est jugé mardi 11 avril à Bar-le-Duc (Meuse) pour un vol de chaises en réunion dans une agence de la BNP-Paribas le 6 novembre 2015 à Nancy. Le "faucheur de chaises" revendique une "action citoyenne" pour dénoncer l'envol de fonds publics vers les paradis fiscaux. "On a la légitimité de notre côté", a estimé Florent Compain mardi matin sur franceinfo. Aujourd’hui, c’est le procès de la BNP qui va se dérouler. Ce n’est pas le procès des faucheurs de chaises." Les réquisitions auront lieu le 6 juin.

franceinfo : Vous êtes le deuxième "faucheur de chaises" à être jugé. Le premier procès, celui de Jon Palais, avait abouti à sa relaxe en janvier. Pensez-vous avoir la loi de votre côté ?

Florent Compain : Non, mais on a la légitimité de notre côté. Face au scandale de l’évasion fiscale et face aux 60 à 80 milliards d’euros qui échappent aux impôts en France, nous avons le pouvoir revendiquer la mise de BNP sur le banc des accusés. Aujourd’hui, c’est le procès de la BNP qui va se dérouler. Ce n’est pas le procès des "faucheurs de chaises".

Vous comptez vous servir de ce procès pour dénoncer les pratiques de la BNP ?

C’est cela. La BNP organise l’évasion fiscale, elle a plus de 200 filiales dans les paradis fiscaux. La BNP est la banque qui génère le plus de bénéfices dans les paradis fiscaux, donc la banque est clairement coupable de ce crime. L'affaire Panama Papers, il y a un an, a révélé que la BNP a créé 468 sociétés offshore pour son compte ou celui de ses clients. Elle est un acteur majeur de l’organisation de cette évasion fiscale.

La BNP se défend en disant qu’elle n’a pas placé d’argent dans les paradis fiscaux reconnus par l’OCDE, seule liste reconnue internationalement...

Il s’agit d’une liste reconnue par quelques acteurs. Si on regarde les listes établies par la société civile et par les spécialistes de la question, elles sont beaucoup plus longue. À l’heure actuelle, cette liste de l’OCDE est vide. Il est forcément difficile d’avoir des comptes dans les paradis fiscaux dans ces conditions. On a ciblé d’autres banques, telles que la Société générale, le Crédit agricole ou HSBC. Aujourd’hui, c’est la BNP qui nous poursuit. Elle est aussi celle qui fait le plus de travail sur cette question d’évasion fiscale. Il est légitime de mettre en lumière ces pratiques-là.

Vous accusez aussi la BNP d'aggraver la crise climatique en finançant des projets d’énergie fossile mauvais pour l’environnement. Avez-vous des exemples ?

Oui, la BNP finance actuellement le projet Texas LNG aux Etats-Unis. Il s'agit d'un terminal de liquéfaction de gaz de schiste en vue de son exportation. Ce projet va avoir des impacts monstrueux sur l’économie et les populations locales, sur les peuples autochtones, sur les sites archéologiques, sur l’environnement et sur les émissions de gaz à effet de serre. Les émissions de ce projet sont 3,5 à sept fois supérieures à celles d'une centrale à charbon. La BNP doit sortir de ce projet, vu ses engagements pris lors de la COP 21.