Les salariés de Whirlpool Amiens désabusés face aux révélations des "Paradise Papers" sur leur entreprise

La divulgation des montages financiers du groupe d'électroménager n'étonnent pas vraiment les employés de l'usine de la Somme, qui va être délocalisée en Pologne.

Le site du groupe d\'électroménager Whirlpool à Amiens, en octobre 2017.
Le site du groupe d'électroménager Whirlpool à Amiens, en octobre 2017. (RADIO FRANCE / BENJAMIN ILLY)
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Grégoire LecalotRadio France

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Le groupe américain Whirlpool n'a pas échappé au scandale des "Paradise Papers". L'entreprise met tout en œuvre pour payer le moins de taxes possible, notamment en jouant sur les délocalisations. C'est justement ce qui est prévu pour l'usine d'Amiens, dans la Somme : un transfert de la production en Pologne. Sur place, les salariés réagissent avec lassitude.

L'optimisation fiscale, "un sport national"

Relève d’équipe à l’usine, ce mercredi 7 novembre : la porte à tambour en a le tournis. Les révélations sur la stratégie d’optimisation fiscale de Whirlpool viennent de tomber. Les salariés les découvrent, beaucoup ne sont pas encore au courant, mais ne semblent pas étonnés : "Comme toutes les autres entreprises de toute façon, chacun en profite comme il peut", souffle une employée en passant. "Tout ce qu’on sait, c’est qu’ils reçoivent des aides depuis des années de l’Etat français, c’est un sport national", ironise un autre.

Ce n’est qu’un épisode de plus dans la longue liste de rebondissements qui ont amené micros et caméras sur le parking de leur usine, où flottent toujours les drapeaux syndicaux. Frédéric, ouvrier depuis 23 ans chez Whirlpool, n’avait de toute façon plus confiance en la direction : "Tout était calculé avant. On est en train d’appauvrir la France, comme l’Angleterre, et puis après, ce sera autre chose encore."

De délocalisations en plans sociaux

L’usine est passée de 1 300 salariés au début des années 2000 à 300 CDI et 250 intérimaires aujourd’hui. Après une première délocalisation en Slovaquie, la direction de Whirlpool a donné le coup de grâce en janvier dernier, annonçant la fermeture du site et le départ de la production en Pologne en juin 2018.

Les bons calculs fiscaux de l’entreprise viennent s’ajouter à ces délocalisations au nom de la compétitivité. Patrice Sinoquet, représentant CFDT au CHSCT, a parfois l’impression de se heurter à un mur. "On a les preuves, dit-il, le problème, c’est que tout ça dure depuis une éternité. Et au final, personne ne fait rien. Ils vont encore s’en tirer correctement, comme tous les autres. C’est ça qui est navrant."

Y’en a marre ! C’est toujours les mêmes qui trinquent, qui taffent, et au final, dans cette boîte-là, en 25 ans, on n’a jamais fait de participation aux bénéfices. Simplement, il y en a qui se sont bien gavés sur notre dos.

Patrice Sinoquet, représentant CFDT

à franceinfo

Un plan de sauvegarde de l’emploi a été négocié pour fixer des primes de départ et un industriel picard s’est présenté pour reprendre le site. Mais cela n’efface pas l’amertume d’Antonia Abrunhosa, délégué CGT du personnel : "Dans l’usine, je pense que cela va être terrible, quand l’émission [de Cash Investigation, qui fait partie de l’ICIJ, le consortium de journalistes qui a révélé les « Paradise Papers », ndlr] va passer."

Quand les salariés vont voir ce que Whirlpool fait avec nos bénéfices, avec nos bras et notre sueur, ça va être chaud.

Antonio Abrunhosa, délégué CGT

à franceinfo

"On est les idiots du bas, comme Macron le dit. On ne va pas se révolter, puisqu’on n’est pas très intelligents, poursuit le syndicaliste avec ironie, on attend que tout le monde s’engraisse, et puis un jour, il y a quelqu’un qui va allumer la mèche et ça pètera de partout."

Après la mise au grand jour du circuit fiscal de Whirlpool par les "Paradise Papers", les syndicats de l’usine n’excluent pas de réclamer de nouvelles discussions. La direction de l’entreprise, contactée, nous a fait parvenir un communiqué de presse. Elle évoque "des pratiques normales de planification fiscale et financière".