Taxe d'habitation et ISF : retour sur le premier couac de l'exécutif en quatre actes

Alors que le chef du gouvernement, Edouard Philippe, avait renvoyé ces réformes fiscales à la fin du quinquennat, l'entourage du ministre de l'Economie les a programmées pour 2018. 

Le ministre de l\'Economie, Bruno Le Maire, et le chef du gouvernement, Edouard Philippe, à l\'Assemblée, le 6 juillet 2017 à Paris.
Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, et le chef du gouvernement, Edouard Philippe, à l'Assemblée, le 6 juillet 2017 à Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Une impression de déjà-vu. Le gouvernement a envoyé des messages contradictoires sur l'exonération de la taxe d'habitation et la réforme de l'impôt sur la fortune (ISF), donnant une impression d'improvisation qui avait tant coûté au précédent exécutif socialiste. Promesses de campagne du président Emmanuel Macron, reléguées à la fin du quinquennat par le Premier ministre, Edouard Philippe, puis avancées à 2018 par Bercy... Franceinfo revient en quatre actes sur le premier couac du gouvernement. 

Acte 1 : Edouard Philippe annonce la mise en œuvre de ces mesures pour 2022

L'exonération de la taxe d'habitation pour 80% de la population était une des promesses de campagne d'Emmanuel Macron. Lors de son discours de politique générale, le 4 juillet à l'Assemblée, le Premier ministre, Edouard Philippe, n'avait évoqué qu'une mise en œuvre d'ici à la fin du quinquennat, soit à l'horizon 2022.

La réforme de l'ISF, elle, était renvoyée à 2019. Elle prévoit de ne prendre en compte que le patrimoine immobilier des ménages afin de pousser les contribuables aisés à investir davantage dans l'économie réelle. 

Acte 2 : Bruno Le Maire amorce un rétropédalage

Depuis la déclaration de politique générale du Premier ministre, des critiques ont émergé : l'exécutif, trop soucieux de diminuer le déficit, n'en ferait pas assez du côté des baisses d'impôts.

Des "signaux faibles" de mécontentement, notamment des milieux d'affaires, remontent notamment par Bercy et le ministre de l'Economie. Aux rencontres économiques d'Aix-en-Provence, dimanche, c'est Bruno Le Maire qui amorce le rétropédalage devant les journalistes en expliquant que "rien n'est arrêté" dans le calendrier des réformes fiscales.

Acte 3 : l'entourage du ministre de l'Economie annonce l'application en 2018

Dimanche soir, c'est l'entourage du ministre de l'Economie qui annonce à franceinfo que la baisse de la taxe d'habitation commencera bien en 2018, tout comme celle de l'ISF, et ce avec l'assentiment exprès du président.

"Le Maire, sentant qu'on allait vers un arbitrage des mesures dès 2018, a essayé d'en obtenir un peu le gain politique en anticipant l'annonce...", grince un conseiller.

Acte 4 : Matignon confirme quelques heures plus tard

Matignon confirme officiellement lundi après-midi que les réformes sont bien à l'étude, mais précise que tous les arbitrages ne sont pas encore rendus. Et annonce la présentation de l"trajectoire financière" du gouvernement mardi 11 juillet devant les commissions des Finances de l'Assemblée nationale et du Sénat. Cette trajectoire doit assurer que le déficit public ne dépassera pas 3% ni en 2017, ni en 2018, malgré ces baisses d'impôt.

"C'est Macron qui a pesé ce week-end, raconte une source gouvernementale à l'AFP. Edouard Philippe était sur une vision plus progressive [en matière de baisse d'impôts] et le président de la République a tenu à ce qu'il y ait vraiment un choc de confiance. Il ne voulait pas que le discours sur les économies budgétaires vienne brouiller le message économique", poursuit le même.

"L'enjeu, c'est de montrer que les promesses sont tenues", abonde un ami d'Emmanuel Macron. "C'est un élément de confiance. Il ne veut pas faire comme Hollande qui a donné le sentiment de trahir ses promesses de campagne", poursuit ce proche.

Reste que selon Chloé Morin, directrice de l'observatoire de l'opinion de la Fondation Jean-Jaurès, "il y a un risque que ce brouillage n'accroisse la défiance. Or, celle-ci est déjà immense et les Français restent échaudés par les premières mesures fiscales de Hollande."