Prélèvement à la source : Christian Eckert dénonce "une forme de mépris de la capacité des Français à comprendre les choses"

L'ancien secrétaire d'État au budget a réagi sur franceinfo alors que le chef de l'État a réclamé "des réponses" avant la mise en place du prélèvement de l'impôt sur le revenu à la source.

Christian Eckert, ancien secrétaire d\'Etat au Budget.
Christian Eckert, ancien secrétaire d'Etat au Budget. (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / RADIO FRANCE)

Emmanuel Macron a indiqué jeudi, au cours d'une conférence de presse à Helsinki, qu'il attendait "des réponses précises" avant de décider si la réforme sur le prélèvement à la source de l'impôt entrerait en vigueur au 1er janvier 2019 comme prévu. "C'est un peu surprenant", a réagi vendredi 31 août sur franceinfo l'un des artisans de cette réforme, Christian Eckert, ancien secrétaire d'État chargé du Budget et des Comptes publics.

Après des mois de préparation et "alors que des milliers de fonctionnaires de notre administration se sont mis au travail", Emmanuel Macron "découvre que la France ne serait pas capable de mettre en œuvre le prélèvement à la source", s'est-il étonné. Christian Eckert dénonce "une forme de mépris de la capacité des Françaises et des Français à comprendre les choses".

franceinfo : Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il, selon vous, le bras qui tremble ?

Christian Eckert : Il faut lui demander, mais c'est un peu surprenant. Emmanuel Macron faisait partie des ministres que j'avais rencontrés pour évoquer ce sujet. Il m'avait dit qu'il n'y voyait pas d'inconvénient. C'est un sujet qu'il connaît bien, il n'est pas aujourd'hui en train de découvrir cette réforme. Deuxième remarque : c'est le Parlement qui décide, on est quand même dans un pays démocratique, où la Constitution dit que c'est le Parlement qui fixe l'assiette, le taux et les modalités de recouvrement de l'impôt. Le Parlement a voté deux fois sur le sujet, et deux fois il a voté favorablement. Et aujourd'hui, à quelques semaines de la mise en œuvre, alors que des milliers de fonctionnaires de notre administration se sont mis au travail, que des systèmes informatiques ont été achetés et expérimentés, tout d'un coup Emmanuel Macron découvre que la France ne serait pas capable de mettre en œuvre le prélèvement à la source… Il y a une forme de mépris de la capacité des Françaises et des Français à comprendre les choses.

Entendez-vous tout de même l'argument d'Emmanuel Macron sur l'effet psychologique quand on va ouvrir son bulletin de salaire de janvier ?

Encore une fois, il faut faire confiance à l'intelligence individuelle et collective de nos concitoyens. Ce ne sont pas les propos de comptoir tenus ici ou là qui doivent nous faire douter. Il faut expliquer aux gens qu'être prélevé en fin de mois au lieu d'être prélevé le 15 et d'être prélevé a priori d'une somme inférieure, pour les cas les plus courants, cela n'est pas défavorable. Au moment où on avait travaillé sur cette réforme, mon administration avait dit que la réussite de la réforme passerait par la pédagogie et l'explication. Quand on explique, les Français ne sont pas plus bêtes que la moyenne, et ils se sont d'ailleurs globalement montrés favorables à cette réforme.

Techniquement parlant, est-ce que le gouvernement peut vraiment encore faire machine arrière ?

Pour être tout à fait honnête avec vous, c'est une question que nous nous étions posée au mois de mai lorsque le gouvernement et la majorité ont changé. J'avais posé la question à l'administration et elle m'avait répondu qu'il est toujours temps d'arrêter les choses. Mais aujourd'hui, nous sommes à quelques mois, à quelques semaines même, de l'échéance, et cela me paraît extrêmement difficile en terme de lisibilité.