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Bernard Arnault, l'invité surprise qui divise la Belgique

En décidant d'obtenir la double nationalité franco-belge, le patron de LVMH a relancé les débats sur l'évasion fiscale, y compris à Bruxelles.

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Bernard Arnault, le patron du groupe LVMH, au cours d'une réunion des actionnaires, le 14 mai 2009 à Paris. (MEIGNEUX/SIPA)

EXIL FISCAL – On les appelle volontiers les "SDF" : les "sans difficulté financière". Ces exilés fiscaux qui préfèrent la Belgique à leur pays d’origine sont de plus en plus nombreux. Selon les estimations, entre 2 000 et 5 000 Français auraient ainsi choisi de franchir la frontière.

A Uccle, tout près de Bruxelles, Bernard Arnault a acquis une résidence en novembre 2011, dont il aurait déjà réglé le "précompte immobilier", explique le bourgmestre, Armand de Decker, interrogé lundi sur le site de la RTBF. Au total, un habitant de la commune sur dix serait français. Et le milliardaire compte bien obtenir la double nationalité franco-belge.

Très médiatique, cette affaire a agité les passions en France, mais a également relancé la question de l’exil fiscal en Belgique. FTVi revient sur ces débats.

La décision d'Arnault diversement appréciée

Bernard Arnault, quatrième fortune du monde, ne laisse pas indifférent. "Mais pourquoi les riches Français viennent en Belgique ?" s'interroge le site de l'hebdomadaire Le Vif, lundi 10 septembre, tandis que l'éditorialiste de La Libre Belgique, Francis Van de Woestyne, se montre enthousiaste, en titrant son article : "Bienvenue M. Arnault".

Tantôt salué, tantôt décrié, le choix du patron de LVMH a également divisé les élus belges. La députée socialiste Linda Musin, également vice-présidente de la Commission des naturalisations, n’a pas caché sa colère. "Je trouve cela indécent, choquant : cela ressemble à du tourisme fiscal. Je ne saisis pas très bien l'utilité d'une telle demande, sinon un coup de pub comme un autre", explique-t-elle à l'agence Belga, relayée par le site de La Libre Belgique. Ces réserves renvoient aux déclarations du bourgmestre d'Uccle, qui dit avoir eu Bernard Arnault au téléphone. "Il est certain qu'il a un ressentiment par rapport à une politique de son pays qu'il considère comme peu accueillante à l'égard de l'esprit d'entreprise", explique Armand de Decker au micro de la RTBF, dans l'émission "La Première".

Mais cet attrait pour la Belgique fait aussi des heureux, comme le député nationaliste flamand du N-VA, Theo Francken, également membre de la commission des naturalisations. "Laissez venir ces Français. Arnault, dès qu'il sera Belge, aura plus envie d'investir dans la 'petite Belgique' (en français dans le texte)", explique-t-il à La Libre Belgique. 

Certains riches Belges s'exilent en Suisse

Theo Francken encourage même Bernard Arnault à bénéficier de la nouvelle loi sur la nationalité (à consulter en PDF), qui entre en vigueur dès l’année prochaine. Elle est censée durcir les conditions d’accès à la citoyenneté. Mais l'une des six procédures prévues par le texte permet toutefois une "naturalisation à titre exceptionnel pour les personnes qui peuvent démontrer des mérites extraordinaires contribuant au rayonnement international de notre pays et pour les apatrides." Pour le député du N-VA, le cas de Bernard Arnault répond à ces critères, car le milliardaire pourrait créer des emplois dans le pays.

Le dossier est d'autant plus polémique que le gouvernement se déchire sur la question de l’exil fiscal. Côté départs cette fois-ci. Nombre de Belges prennent des libertés avec le fisc et choisissent la Suisse pour s’évader. Pour limiter les pertes, le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, est favorable à un accord "Rubik" avec la Confédération, explique le site de la RTBF. Il s'agit d'assurer l'impunité aux Belges qui fraudent les impôts. En échange, les banques suisses peu regardantes verseraient un forfait annuel pour dédommager le fisc belge, ici évalué à 10 milliards d'euros par an. 

Le secrétaire d’Etat à la Lutte contre la fraude fiscale, John Crombez, menace de quitter le gouvernement en cas de négociation entre les deux pays. Quant au ministre des Finances, Steven Vanackere, il rappelle que ces discussions ne sont pas à l'ordre du jour.

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