"Nuit solidaire" : un dortoir "cinq étoiles" où le froid brise le sommeil

Le Collectif des associations unies a organisé une soirée dédiée au thème du logement, jeudi 12 février, place de la République, à Paris.

Plusieurs dizaines de personnes ont dormi dans la rue, place de la République, à Paris, à l\'initiative de l\'association Emmaüs, jeudi 12 février 2015.
Plusieurs dizaines de personnes ont dormi dans la rue, place de la République, à Paris, à l'initiative de l'association Emmaüs, jeudi 12 février 2015. (FABIEN MAGNENOU / FRANCETV INFO)

Seriez-vous prêt à passer une nuit à la belle étoile, alors que la température est proche de zéro ? Une cinquantaine de lits de camp et 70 matelas ont été installés place de la République, à Paris, dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 février. Le temps d'une nuit, c'est une manière de "montrer une vraie réalité et de la partager en plein hiver", résume Cécilia Clérel, d'Emmaüs. 

Cette initiative de l'association se déroule dans le cadre de la Nuit solidaire, organisée par un collectif de 33 associations engagées sur le thème du logement. Alors que 3,5 millions de personnes sont mal logées en France, ces associations ont lancé un appel solennel à l'Etat, avant une rencontre avec le Premier ministre. Une idée parmi d'autres ? La construction de 60 000 logements très sociaux par an, avec des loyers très bas, contre 30 000 aujourd'hui.

"Le pire, c'est le matin au réveil, avec l'hypothermie"

A 24 ans, Nicolas vit désormais chez ses parents. Mais il a bien connu la rue, pendant une année entière. "Le pire, c'est le matin au réveil, avec l'hypothermie. Ce sont mes pires souvenirs. La veille au soir, tu prends un peu d'alcool, pour moins sentir le froid, mais là, les effets sont dissipés. Sans compter l'humidité, parce qu'on transpire dans un sac de couchage." Ce soir, il a enfilé un T-shirt, une polaire, un sweat et un blouson en cuir. Pas question de rater l'occasion d'afficher "sa solidarité et de tenter de faire bouger le gouvernement". Un peu plus loin, des volontaires distribuent des sandwichs au thon, du café et des soupes. De la musique s'échappe du chapiteau voisin, où de jeunes gens dansent et font la fête.

La plupart des couchages sont occupés par des sans-domicile et des militants associatifs. Annie, par exemple, assure l'accueil dans un centre de Médecins du monde. Pour elle, c'est une première. "Tous les jours, je reçois des gens qui dorment dans la rue. Peut-être qu'après avoir vu ce que ça faisait de dormir quand il fait très froid, je ferai davantage attention aux détails de leur récit." Elle s'apprête donc à se faufiler dans son duvet, un bonnet blanc sur la tête. Dans un sourire, elle rappelle que la dureté de la rue est ici un peu gommée. "Il y aura un petit déjeuner demain matin, alors que certains sans-domicile attendent le ventre vide pour être reçus chez nous. Et puis, je n'aurais pas mis de matelas. Eux n'en ont pas."

"Comme on dit dans la rue : bienvenue au cinq étoiles !"

Avec sa barbe blanche, Gilles a de faux airs de père Noël. Ce responsable associatif de 58 ans a déjà tenté l'expérience en 2007, lors d'une précédente édition. "Plus que du froid, je me souviens surtout de l'insécurité. Je m'endormais d'un œil, puis je me réveillais à cause du chahut. On partait faire des maraudes avec Augustin Legrand, des Enfants de Don Quichotte. Bref, la nuit avait été très agitée." Cette fois, pas de vol ou de violence comme dans la rue. Le secteur est bien délimité et sous surveillance.

Michael a connu le froid, l'insécurité aussi. Mais pour ce Congolais de 25 ans qui a fui son pays en août 2012, le plus dur a été la solitude. "Comment sympathiser avec quelqu'un quand tu dors dehors et sens mauvais ? Je me suis dit : je ne produis rien, je n'ai pas de papiers, je ne discute avec personne. Ma mort arrêtera mes souffrances." En 2012, il avale des médicaments, bien décidé à se jeter sous le métro. Par chance, il s'écroule dans les marches. Le jeune homme est désormais hébergé dans un centre Emmaüs, après une autre tentative de suicide. Cette nuit-là, assis sur un lit de camp, il lève les yeux au ciel. "Comme on dit dans la rue : 'Bienvenue au cinq étoiles'."