VIDEO. Hébergement d'urgence : avec un enfant de plus de 3 ans, le 115 ne peut plus vous aider

Comment les hébergements d’urgence sont-ils attribués ? Dans certains départements, des familles sont expulsées à cause d’un nouveau critère qui fait polémique : l’âge de leur enfant. S’il a plus de 3 ans, la famille n’a plus droit au logement.

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Dans les Hauts-de-Seine, 200 familles, françaises ou non, auraient été expulsées de leur hébergement d’urgence depuis mars et la fin de la trève hivernale. La raison ? Toutes ont un enfant qui a dépassé l’âge maximal fixé cette année par la préfecture : 3 ans.

Il n’existe aucune trace écrite de ce critère. Nous avons donc fait un test, pour vérifier : nous appelons le 115 des Hauts-de-Seine, en nous faisant passer pour le père d’une famille de deux enfants, âgés de 4 et 6 ans. “Votre famille n'entre pas dans les critères de prise en charge, nous répond une opératrice. Et quels sont ces critères de prise en charge ? Des enfants de moins de 3 ans.” 

"Une mère n'abandonne pas"

Les familles avec enfants de plus de 3 ans reçoivent alors ce type de courriers : “Vous ne serez plus prolongé au-delà du 31/05/2018, car vous ne ferez plus partie du dispositif 115.”

L’une de ces familles expulsées a accepté de nous rencontrer. La mère, ivoirienne, élève seule trois enfants nés en France. Le plus jeune a fêté ses trois ans récemment : fin mai, le 115 demande à la famille de quitter l'hôtel qu’elle occupait depuis un an.

“J’ai eu l’impression que le ciel me tombait sur la tête, se souvient avec émotion la mère de famille, venue récupérer des vêtements laissés dans l'établissement. Du jour au lendemain, on nous met dehors. Je n’ai pas de ressources, je n’ai rien. Ça me fait mal au coeur, parce qu’en tant que mère de famille, je ne vis que des Restos du coeur, je ne touche rien. Une mère n’abandonne pas, une mère n’abandonne pas.”

Le budget hébergement en baisse de 38 millions €

Depuis son expulsion, ses enfants ne vont plus à l’école. Tous les jours, la famille cherche un toit pour la nuit suivante et parcourt des dizaines de kilomètres à travers la région parisienne. Elle affirme que l’État, comme c’est pourtant la loi depuis 2009, ne lui a pas proposé de solutions de relogement.

Ce soir-là, une personne croisée à l’église accepte de lui ouvrir sa porte. Pour la suite en revanche... “Demain est un autre jour, tente-t-elle de relativiser, après une longue journée de marche. J’appelle tous les jours le 115 pour voir s’ils peuvent me prendre. Si c’est pas possible, je continuerai à marcher.”

Alors pourquoi l’État n’accueille-t-il plus ces familles dans les Hauts-de-Seine ? Le fondateur de l’association Droit au logement (DAL) a une idée de la réponse. “La préfecture a un budget pour l’hiver, donc une fois que ce budget est consommé, il faut virer les gens des hôtels du 115, dénonce Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL. L’État procède à une baisse de la dépense, c’est ce qui fait que de plus en plus de sans-abris sont remis sur le trottoir, y compris des familles avec enfants.”

Dans un document que nous nous sommes procurés, la préfecture d’Ile-de-France annonce elle-même que son budget hébergement diminue cette année de “9% par rapport à 2017”. Soit 38 millions d’euros en moins pour les hôtels du 115 déjà existants.

Seulement... 55 places en plus dans les Hauts-de-Seine

Quant au critère lié à l’âge, c’est la préfecture qui l’a décidé : elle l’assume, mais promet des efforts. “Dans le contexte actuel de chambres d’hôtels en nombre limité, on a priorisé en ce moment dans les Hauts-de-Seine, sur les familles avec les enfants de moins de trois ans, confirme Jean-Martin Delorme, directeur de l'hébergement et du logement de la région Ile-de-France (DRIHL). L’hôtel coûte cher et ne fabrique pas quelque chose de bien pour les familles, il faut leur trouver d’autres solutions.”

D’autres solutions ? 1900 places d’hébergement vont être créées en IDF dont seulement… 55 dans les Hauts-de-Seine, département le moins gâté de la région. Pas certain que cela améliore beaucoup la situation...