Mal-logement : "L'État n'assume pas ses responsabilités"

Jean-Baptiste Eyraud, de l'association Droit au logement, dénonce une fois de plus l'immobilisme du gouvernement.

Jean-Baptiste Eyraud, de l\'association Droit au logement, dénonce l\'immobilisme du gouvernement en matière de mal-logement.
Jean-Baptiste Eyraud, de l'association Droit au logement, dénonce l'immobilisme du gouvernement en matière de mal-logement. (JOEL SAGET / AFP)

"L'État n'assume pas ses responsabilités en matière de traitement du logement indigne", s'indigne sur franceinfo mardi 21 août Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement, alors que les problèmes de mal-logement et des marchands de sommeil font de nouveau parler d'eux après l'incendie d'Aubervilliers, qui a fait sept blessés grave. Le bâtiment qui a brûlé n'aurait jamais dû servir d'habitation, a expliqué la maire d'Aubervilliers Meriem Derkaoui.

franceinfo : Cette situation vous met-elle en colère ?

Jean-Baptiste Eyraud : On est en colère depuis longtemps. Cela fait des années que cette situation perdure en région parisienne et dans nos grandes métropoles. Aubervilliers et la Seine-Saint-Denis sont particulièrement touchées par les marchands de sommeil, parce que c'est un département populaire et donc les gens aux revenus modestes vont se réfugier dans ces villes du 93. C'est ça le problème qu'on a aujourd'hui. Les pouvoirs publics n'ont pas mis en place les moyens pour s'attaquer frontalement à la crise du logement et à ses effets, c'est-à-dire les marchands de sommeil.

Qui sont ces marchands de sommeil ?

C'est très variable. En général, ce sont des gens sans scrupules, qui n'hésitent pas à franchir la ligne blanche de la loi. C'est le cas de ce propriétaire qui louait des bureaux ou des locaux d'activités à des personnes sans logis. Cela peut-être à la fois des représentants des communautés qui sont là et qui profitent de la détresse des gens qui viennent les voir. On a aussi des personnes qui font ça à la petite semaine, qui louent une chambre de bonne de moins de 9 mètres carré sans ascenseur, sans eau, à des prix exorbitants. Ceux-là, on les trouve aussi bien dans le 16e arrondissement que dans des départements ou des villes riches bourgeoises.

Combien de personnes en sont victimes ?

Cela représente des dizaines de milliers de personnes qui devraient être secourues par les pouvoirs publics. On a une législation très claire depuis 2000, qui prévoit que les personnes logées dans des logements indignes n'ont plus à payer de loyer et doivent être relogées par le marchand de sommeil ou la collectivité publique. On a une législation relativement protectrice, mais elle n'est pas appliquée.

Le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard a déclaré que la lutte contre les marchands de sommeil était une priorité du gouvernement. Qu'en pensez-vous ?

Ça, c'était devant un micro. Dans la réalité, l'État n'a plus de personnel quasiment pour suivre les situations d'insalubrité. Les services de l'hygiène municipaux, qui doivent alerter les services d'hygiène de l'État, envoient les dossiers dans les tiroirs ou se limitent à décider une amende relativement faible. En réalité, il ne se passe rien. L'État n'assume pas ses responsabilités en matière de traitement du logement indigne.

Donc la loi est suffisante, mais on ne se donne pas les moyens de l'appliquer ?

Sur la loi, il y a des choses à faire. Il faudrait fixer des délais d'instruction, que la loi qui est censée protéger les victimes soit mise en œuvre, notamment quand elles vont porter plainte au commissariat. Parce que parfois, deux jours après, elles se retrouvent à la porte. Les marchands de sommeil font leur loi. On a vu des propriétaires qui agissent comme ça et derrière, il ne se passe rien.