Lutte contre les marchands de sommeil : "Il faut que les procédures soient beaucoup plus simples"

Stéphane Peu, député communiste de Seine-Saint-Denis, estime que les mesures pour lutter contre les marchands de sommeil vont dans le "bon sens".

Une cour d\'un immeuble du centre-ville de Saint-Denis.
Une cour d'un immeuble du centre-ville de Saint-Denis. (GRÉGOIRE LECALOT / FRANCEINFO)

Alors que le ministre de la Ville et du Logement Julien Denormandie et son homologue de la justice Nicole Belloubet ont présenté, lundi 21 janvier, en Seine-Saint-Denis, des mesures contre les marchands de sommeil, Stéphane Peu, député communiste du département, juge sur franceinfo, que le plan présenté par les ministres, notamment le projet de sanctionner ces délinquants aussi durement que les trafiquants de drogue, "va dans le bon sens". L'élu appelle, également, à faire en sorte "que les procédures soient beaucoup plus simples".


franceinfo : Qui sont les marchands de sommeil dont parlent le ministre du Logement Julien Denormandie ?


Stéphane Peu : On retrouve tous les profils chez les marchands de sommeil, aussi une délinquance en col blanc, j'ai fait condamner un prof d'université de Paris-Dauphine, par exemple. Récemment, le tribunal de Bobigny a condamné un médecin, on trouve aussi des avocats, un peu de tout, tous les gens qui ont peu de morale et sont attirés par l'argent facile, parce qu'il faut savoir que le business de la misère qu'est l'habitat insalubre procure énormément, énormément de revenus. Avec les ministres, nous avons visité un pavillon divisé en douze logements, où le prix pour certains appartements avoisinait les 45, 50 euros le mètre carré, c’est-à-dire on louait dans un bien insalubre, vétuste, au fond d'une cour à Pierrefitte, au prix du mètre carré au Trocadéro. On retrouve tous les gens de faible moralité qui, consciemment ou inconsciemment, deviennent des délinquants d'une délinquance qui est à la fois une délinquance économique, mais peut aussi être une délinquance criminelle, parce que l'on sait, on l'a vu à Marseille, mais aussi dans notre département ces derniers mois, très souvent, ça cause des morts, à travers des incendies ou des effondrements d'immeubles. Donc c'est extrêmement grave : c'est une exploitation honteuse de la misère humaine, de la crise, de la pénurie de logements. Je suis un député communiste, pas avare de critiques sur le gouvernement, mais, très franchement, je me suis réjoui de voir la ministre de la Justice, et le ministre du Logement. Les deux, c'est important.

Est-il compliqué de faire condamner les marchands de sommeil ?

C'est encore trop compliqué, c'est ce que j'ai expliqué aux ministres : j'avais déposé une proposition de loi l'an dernier qui n'a pas été retenue par la majorité de l'Assemblée nationale, j'en redépose une la semaine prochaine. Il faut que ce soit plus simple, il faut que personne ne puisse se renvoyer la balle : le préfet qui renvoie vers le maire, le maire qui renvoie vers le préfet… Il faut que les procédures soient beaucoup plus simples, que les treize polices qui permettent de combattre l'insalubrité soient réduites, qu'on ne se réfère pas à une multiplicité de codes, tantôt de la santé, tantôt de la construction, qu'on simplifie tout ça pour aller plus vite, pour être plus efficace, pour que les sanctions tombent de manière plus rapide et plus dissuasive. Parce que, ce matin, quand nous sommes avec les ministres dans cet immeuble, que nous rencontrons les locataires et constatons l'illégalité de ces constructions, le propriétaire vient ! Il y a des caméras, des ministres, des policiers partout et le propriétaire vient, c'est vous dire à quel point ils ont un sentiment d'impunité.

Le plan annoncé par les deux ministres va donc plutôt dans le bon sens ?

Ça va plutôt dans le bon sens. Il faut que, derrière, il y ait aussi une simplification des procédures, et des moyens, parce que, quand vous connaissez la situation du tribunal de Bobigny qui est exsangue, les services de police qui existaient pour lutter contre l'habitat insalubre qui n'existent plus aujourd'hui, il faut, aussi, que, derrière les intentions, il y ait des actes et des moyens.