Grand froid : "Environ 12 millions de Français" sont en situation de précarité énergétique

Au moment où les températures sont en baisse partout en France, Gilles Aymoz, de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), a estimé lundi sur franceinfo que "sept millions de logements" en France étaient "des passoires thermiques".

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Illustration. (MAXPPP)

La vague de froid qui s'abat sur la France rappelle un des engagements du gouvernement : la lutte contre la précarité énergétique. "Environ 12 millions de Français" sont en situation de précarité énergétique, a estimé lundi 5 février, Gilles Aymoz, chef du service bâtiment de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Il déplore "des impacts très importants sur la santé et sur le bien-être social".

franceinfo : Combien de Français vivent dans une de ces passoires thermiques ?

Gilles Aymoz : On recense en France sept millions de logements considérés comme des passoires thermiques. Mais en nombre de personnes, ce sont des chiffres plus importants. On estime qu'il y a environ 12 millions de Français qui sont en situation de précarité énergétique, soit une personne sur cinq.

Qu'entend-on précisément par précarité énergétique ?

Il y a précarité énergétique lorsqu'un ménage ou une personne habite dans un logement mal isolé et qui en plus n'a pas les moyens de régler ses factures énergétiques. En moyenne, pour ces ménages, c'est plus de 1 900 euros par an de facture énergétique. C'est-à-dire bien au-delà de la facture moyenne qui se situe en France à environ 1 500 euros.

Macron a promis de rénover d'ici à 2022 la moitié des passoires thermiques pour les personnes les plus vulnérables, c'est-à-dire six millions de personnes. Est-ce que c'est un objectif réaliste et réalisable, selon vous ?

Ce n'est pas à moi de le dire, c'est au gouvernement évidemment. Ce qu'on observe c'est qu'il y a un certain nombre d'actions en faveur de la rénovation des passoires thermiques. Il y a bien deux types d'actions. Il y a des mesures curatives qui visent à aider tout de suite les gens à payer leur facture d'électricité, de gaz ou d'énergie. Il s'agit de la mise en place du chèque énergie. Et puis, il y a les actions préventives. Il s'agit des questions de rénovation des logements, pour qu'ils soient bien mieux isolés et qu'on ait des factures énergétiques beaucoup plus basses. C'est une action sur le long terme évidemment.

Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a évoqué à la fois des dispositifs d'aide pour les propriétaires sous la forme de prime, mais aussi un bonus/malus sur la taxe foncière pour inciter les propriétaires à rénover ces logements. Est-ce que la politique du portefeuille fonctionne ?

Elle fonctionnera très certainement. C'est une mesure qui est à l'étude, qui prend donc un peu de temps pour qu'elle soit mise en place. A plus court terme, il y a d'autres mesures qui sont mises en place. Par exemple, la transformation du CITE (crédit d'impôt transition énergétique) en prime. L'intérêt est que la prime est versée beaucoup plus rapidement que le CITE. La nécessité d'avancer les fonds pour un ménage est largement réduite. C'est une mesure qui devrait arriver beaucoup plus rapidement. Il y a aussi le chèque énergie qui a été mis en place au 1er janvier. Il permet de toucher plus de ménages que les tarifs sociaux de l'énergie. Il y a donc un certain nombre d'actions qui vont dans ce sens-là.

Est-ce qu'une vague de froid comme celle qu'on connaît actuellement en France permet de faire prendre conscience de la situation de ces millions de Français dont nous parlons ?

Oui, je crois qu'il est important d'en parler parce que c'est un mal dont souffre beaucoup de Français et qui va au-delà de la question de la facture énergétique. Un ménage en situation de précarité énergétique ne se résume pas à un problème de température et de facture. Quand il fait froid chez soi parce qu'on n'a pas les moyens de payer, on n'est pas en situation de confort. On n'est pas bien dans son logement. Il y a des impacts sur la santé. On observe que chez ces ménages, il y a en moyenne 15% de plus de personnes qui souffrent de migraines, d'anxiété, de dépression et de bronchites chroniques. Il y a aussi quatre fois plus de symptômes de sifflement respiratoire chez les enfants. Au-delà des impacts sur l'énergie, il y a donc d'autres impacts sur la santé et sur le bien-être social qui sont très importants.