De plus en plus de femmes sans-abri à Paris: "Quand ça s'impose à toi, tu n'y peux rien"

De plus en plus de femmes sans-abri se retrouvent dans les rues de Paris, constate le Samu social, qui gère le 115, le numéro d'urgence spécialisé.

En 2016, 5 400 femmes sans-abri ont appelé le Samu, soit une hausse de 66 % en 10 ans (Illustration).
En 2016, 5 400 femmes sans-abri ont appelé le Samu, soit une hausse de 66 % en 10 ans (Illustration). (MAXPPP)
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Edité par Mariam El KurdiAnne LamotteRadio France

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Le Samu social, qui gère le 115, vient de lancer sa campagne d'hiver centrée sur la situation des femmes à Paris. Le constat est alarmant. En 2016, 5 391 femmes seules ont appelé au moins une fois le 115, soit une hausse de 66 % en 10 ans. C'est "énorme", alerte le Samu social, qui rappelle que dans la rue une femme est beaucoup plus vulnérable qu'un homme

Dans la rue, du jour au lendemain

Pascaline n'aurait jamais cru un jour se retrouver dans la rue. "Mais quand ça s'impose à toi, tu n'y peux rien", témoigne à franceinfo cette femme de 43 ans. Tout bascule en mars 2017. Originaire de Côte d'Ivoire, Pascaline, qui est hébergée par une amie à Paris, est mise à la porte. "J'étais déboussolée, je ne savais pas quoi faire", confie-t-elle.

Désormais, Pascaline passe ses journées Porte de la Villette. Là-bas, elle se balade, dit-elle. Elle va aussi beaucoup à la Cité des Sciences, où elle peut aller sur Internet et lire ses mails gratuitement. Elle se rend également à l'église, ou bien sous un abri-bus, le même, où elle retrouve celle qu'elle appelle affectueusement "Jojo".

C'est vrai que pour une femme, être dehors, avec tous les pervers qu'il y a dans le coin, ce n'est pas facile

Joëlle, sans-abri, 46 ans

franceinfo

Joëlle, 46 ans, fait partie de ses nouvelles amies de la rue. La voir lui donne "du baume au coeur", dit-t-elle. "Je suis tellement contente de la voir, c'est comme une famille", raconte Pascaline, sourire aux lèvres. Sous cet abri-bus, les deux femmes parlent de tout et de rien, s'entraident et surtout se protègent des agresseurs. "On les jette. On leur donne un coup de pompe et allez hop dégage !" lance Joëlle. 

Un combat quotidien pour dormir en sécurité

Joëlle et Pascaline essaient pourtant tous les jours de dormir au chaud, précisément dans un foyer à Nanterre. Mais pour cela il faut monter dans l'un des bus de la Brigade d'assistance aux personnes sans-abri (BAPSA) et surtout y trouver une place. Le premier arrive à 15 heures, le deuxième à 17 heures. Il n'y a jamais de places pour tout le monde, regrette Pascaline. "C'est la bataille, la grande bataille", dit-elle.

Quand Pascaline ne monte pas dans le bus, elle se rend Gare de Lyon. "Là-bas, au moins, je me sens un peu en sécurité, parce que c'est une grande gare", décrit Pascaline.  Et d'ajouter : "C'est fermé". Pour autant, hors de question de rester seule dans la gare.

Très souvent, on est groupées, de peur de se faire agresser

Pascaline, sans-abri, 43 ans

franceinfo

La peur des vols est aussi quotidienne. Pascaline s'est déjà fait dérober son sac. Alors s'endormir là-bas ? Jamais. "On ne dort pas, explique-t-elle. On est (juste) couchées." Pour ne pas se faire voler toutes ses affaires, la quadragénaire vit sur le qui-vive. "On a le coup d'oeil partout, on regarde comme des folles", raconte Pascaline. "C'est un calvaire pour une femme. On s'attend à tout", poursuit-elle. Autre règle d'or selon Pascaline : ne  jamais se dire que tout est perdu. "Il faut du courage", dit-elle, pour survivre dans la rue.

Le nombre de femmes sans-abri en hausse dans les rues parisiennes : reportage d'Anne Lamotte
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