Hinkley Point menace l'avenir d'EDF d'après son ancien directeur financier

EDF se met en danger en investissant dans le projet de centrale nucléaire d'Hinkley Point en Angleterre. C'est ce qu'affirme Thomas Piquemal, ex directeur financier du groupe qui a démissionné en mars.

(Thomas Piquemal, ancien directeur financier d'EDF plaidait pour le report du projet d'Hinkley Point © REUTERS Benoit Tessier)

L'avenir d'EDF est-il menacé par le projet d'Hinkley Point, ces deux réacteurs nouvelle génération que l'électricien doit construire en Grande-Bretagne? L'ancien directeur financier du groupe, Thomas Piquemal en est en tout cas convaincu. En désaccord avec l'entreprise, il a d'ailleurs démissionné de son poste en mars dernier. Auditionné par les députés de la commission des affaires économiques, il justifie sa démission. "J'ai dû prendre cette décision en désespoir de cause. J'ai presque envie de dire, en désespoir tout court, parce que je n'avais pas envie de partir".

Thomas Piquemal conteste ce projet d'Hinckley Point parce qu'il juge le pari financier et technologique beaucoup trop risqué. Pour l'instant, aucun EPR n'est encore en fonctionnement. "Fin 2015, ce qui est investi dans cette technologie EPR, c'est 14 milliard d'euros. Qui parierait 60-70% de son patrimoine sur une technologie dont on ignore si elle fonctionne alors que ça fait 10 ans qu'on essaie de la construire?"

Un report de 3 ans du projet refusé par la direction

L'ancien directeur financier avait donc plaidé pour un report de 3 ans du projet d'Hinckley Point. La direction d'EDF l'a refusé, au risque de mettre l'avenir du groupe en péril, assure Thomas Piquemal. "Je ne peux pas cautionner une décision qui pourrait amener un jour EDF à se trouver dans la situation d'AREVA, où il faut envisager une recapitalisation de l'entreprise, à quelques mois de la cessation de paiement."

(C’est sur le site d’Hinkley Point C à Bridgwater, en Angleterre, qu’EDF construira les deux EPR qui fourniront 7 % de l’électricité du pays © Reuters / Suzanne Plunkett)

EDF n'en est pas encore là, mais l'Etat va quand même devoir mettre la main au portefeuille, via une augmentation de capital de 4 milliards prevue d'ici 2017. Le PDG du groupe, Jean-Bernard Lévy, a pour sa part répété fin avril qu'un décalage du projet de plusieurs années le remettrait en cause dans son ensemble. Emmanuel Macron s'est également exprimé à ce sujet. Le ministre de l'Economie estime que le projet pourra être confirmé en septembre. 

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