Départs en vacances : pourquoi prendre l'avion sera plus compliqué cet été

Les aéroports européens, qui n'ont toujours pas retrouvé leurs capacités d'avant la crise sanitaire, risquent de ne pas pouvoir accueillir correctement les flux de voyageurs attendus en juillet et en août.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Des passagers dans l'aéroport de Bruxelles-Zaventem (Belgique). (NICOLAS ECONOMOU / NURPHOTO)

Turbulences en approche. Avec le coup d'envoi des vacances estivales, les aéroports européens s'attendent à un allongement des files d'attente au sein de leurs terminaux. Pour éviter tout désagrément, les passagers sont donc invités à "arriver plus tôt que d'habitude", a conseillé Olivier Jankovec, le directeur général en Europe du Conseil international des aéroports, vendredi 24 juin. Alors que les effets de la crise sanitaire se font encore ressentir, des mouvements de grève pourraient venir compliquer un peu plus la situation. Franceinfo fait le point sur toutes les perturbations attendues dans les aéroports.

Le trafic aérien reprend fortement

Après un long trou d'air dû à la pandémie de Covid-19, l'activité aérienne a repris des couleurs depuis février dernier – même s'il faudra attendre 2024 pour revenir aux volumes de 2019, a récemment prévenu l'Association du transport aérien international (IATA) dans un communiquéEt c'est pendant la période estivale que le flux de voyageurs devrait connaître son plus grand rebond. "Beaucoup de gens attendent leurs vacances d'été depuis deux ans, a alerté Willie Walsh, directeur général de l'IATA. Il ne faudrait pas que tout cela soit ruiné à cause d'un manque de préparation." 

Difficile, pour l'instant, d'avoir un tableau global de ce boom attendu. Plusieurs grands aéroports européens ont toutefois revu à la hausse leurs prévisions de trafic pour les mois à venir, comme l'aéroport d'Heathrow, à Londres (Royaume-Uni), qui voit affluer ces dernières semaines un nombre record de voyageurs américains, rapporte le Financial Times*. Aux Pays-Bas, l'aéroport Schipol d'Amsterdam croule sous le flux de voyageurs. "La demande surpasse même les attentes les plus élevées", expliquait la direction mi-juin*. La situation est telle que l'aéroport a pris une mesure draconienne : imposer aux compagnies aériennes une limite quotidienne de passagers, à cause notamment de la pénurie d'agents de sécurité dans le pays.

Les aéroports manquent de personnel

Outre les vigiles et les agents de sûreté, le secteur aérien a un besoin plus large de main d'œuvre. Au fil de la pandémie, 2,3 millions d'employés à travers le monde ont déserté les couloirs des terminaux* pour se replier sur d'autres secteurs, selon l'IATA. Et même si la situation sanitaire s'est grandement améliorée en Europe, le recrutement reste difficile pour les aéroports, qui ont récemment vu leurs coûts exploser. "Nous subissons aussi des coûts énergétiques et de personnel, qui représentent en tout 45% de nos budgets de fonctionnement, d'après Olivier Jankovec. Et bien sûr, l'inflation fait augmenter le prix des matériaux. Aujourd'hui, nous avons des fournisseurs qui nous disent : 'Désolé, mais le prix de vos travaux va augmenter de 50 ou 80%'."

Du côté des compagnies aériennes aussi, le manque de personnel devient critique. En particulier chez les compagnies low cost, qui rechignent à augmenter les salaires, malgré l'inflation galopante. Enregistrement, embarquement, sécurité, gestion des bagages... Dans une lettre ouverte publiée le 20 juin dernier*, la Fédération européenne des transports (ETF) dénonçait un manque de personnel à tous les étages. "Les travailleurs du secteur [aérien] subissent des bas salaires, des journées à rallonge et des contrats précaires (...) voire même en tant qu'auto-entrepreneurs", s'insurge l'ETF. En Allemagne, où il manque 7 200 personnes pour faire tourner les aéroports du pays, les autorités se tournent vers l'étranger et devraient recruter au moins 1 000 travailleurs saisonniers cet été, rapporte le site spécialisé Air Journal.

Des annulations déjà annoncées

En prévision de cet été difficile, certaines compagnies ont tiré un train sur une partie de leurs vols pour la saison. La compagnie aérienne allemande Lufthansa vient par exemple d'annuler plus de 3 000 vols pour l'été, faute de personnel. Idem pour sa filiale low cost, Eurowings, dont plusieurs centaines de vols initialement prévus en juillet ne décolleront jamais. Au Royaume-Uni, les limites imposées par l'aéroport de Gatwick (Londres) ont forcé la compagnie EasyJet à retirer 40 vols de son programme quotidien en juin et en juillet, alors que du côté de British Airways, ce sont 8 000 vols qui avaient déjà été supprimés sur la période mars-octobre 2022. 

Des grèves attendues durant l'été

Dans sa lettre ouverte, l'ETF prévoit un "été de colère", perturbé par de nombreux mouvements sociaux. Si certains aéroports, comme Heathrow ou Paris-Charles-de-Gaulle, disent pouvoir assurer un service minimum en cas de grève, de nombreux vols devraient être affectés par la mobilisation des travailleurs. A commencer par celle des pilotes, comme ceux du syndicat Alter (troisième chez Air France), qui s'inquiète du "danger grave et imminent" causé par la fatigue du personnel. Un préavis de grève a d'ailleurs été posé samedi 25 juin.

Les mouvements sociaux devraient gêner le ballet des vols européens tout au long de l'été. En Espagne, par exemple, des salariés de Ryanair ont prévu de faire grève du 30 juin au 2 juillet inclus. Leurs confrères d'Easyjet travaillant autour des aéroports de Barcelone, Malaga et Palma sont eux appelés à une grève perlée, sur trois périodes de 72 heures : du 1er au 3 juillet, du 15 au 17 juillet, puis du 29 au 31 juillet. Puisque la grève au sein de ces compagnies low cost s'étend à la Belgique, la France, l'Italie, mais aussi au Portugal, il est fortement conseillé de se renseigner sur les préavis de grève au départ et à l'arrivée, si possible quelques jours avant le vol prévu.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Grève des transports

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.