Grève historique chez Ryanair : "La compagnie refuse nettement d'indemniser le passager"

Jérôme Gratelle, fondateur d’Air Indemnité, estime que la compagnie aérienne ne respecte pas la réglementation européenne qui prévoit une indemnité forfaitaire de 150 à 600 euros selon la distance du vol. 

Un avion de la compagnie Ryanair, à Leeds en Angleterre, le 10 août 2018. 
Un avion de la compagnie Ryanair, à Leeds en Angleterre, le 10 août 2018.  (ANDREW MCCAREN/LNP / MAXPPP)

Face à une grève d'une ampleur historique au sein de la compagnie aérienne Ryanair qui secoue plusieurs pays européens en même temps, ce sont plus de 55 000 passagers qui sont concernés par des annulations de vols suite au mouvement des pilotes. Si la compagnie propose un remboursement ou un transfert, elle refuse d'indemniser ses clients, allant contre la loi européenne qui considère l'indemnisation obligatoire en cas d'annulation. "Lors d'une annulation de vol, le passager vit un préjudice et il est normal que la compagnie aérienne le dédommage par une indemnité forfaitaire qui va de 250 à 600 euros suivant la distance du vol", rappelle vendredi 10 août Jérôme Gratelle, fondateur d’Air Indemnité, une entreprise d’indemnisation de passagers aériens. 

franceinfo : Ryanair est-elle aujourd'hui hors la loi en ne proposant pas d'indemnisation à ses clients ?

Jérôme Gratelle : Effectivement, il y a une réglementation européenne qui existe depuis 2004 qui vise à accorder des droits aux passagers aériens, notamment en cas de vol perturbé. Un retard de plus de trois heures par exemple ou une annulation de vol constituent évidemment une perturbation de vol importante. Dans ce type de situation, le passager peut la plupart du temps obtenir un remboursement du billet de son vol s'il est annulé, ou s'il est retardé de plus de cinq heures, mais il y a aussi un droit d'indemnisation. On considère que lors d'une annulation de vol, le passager vit un préjudice et il est normal que la compagnie aérienne le dédommage par une indemnité forfaitaire qui va de 250 à 600 euros suivant la distance du vol. Mais cette indemnisation est possible quand la compagnie aérienne est jugée responsable de la perturbation de vol. Là, Ryanair essaie de démontrer que ces grèves sont hors de son contrôle. C'est une position extrêmement agressive d'un point de vue légal puisque depuis longtemps, les grèves sont considérées sous la responsabilité de la compagnie. Les juridictions considèrent que c'est aux compagnies aériennes de régler ces mouvements sociaux, et de trouver des accords avec ses salariés.

Que peut faire un voyageur qui exigerait cette indemnisation ?

Sur le fil Twitter de Ryanair, on a des indications claires qui montrent que la compagnie refuse nettement d'indemniser le passager aérien. Il y a plusieurs recours possibles : le premier, c'est d'aller voir la compagnie, mais là on comprend bien que la position de la compagnie est de ne pas indemniser. Après il y a aussi la médiation du tourisme qui peut être saisie, ou bien des sociétés comme Air indemnité, où on a développé un service d'assistance aux trajets aériens. On a une équipe d'une vingtaine de juriste qui va être en mesure de construire le dossier du passager et de le porter à la connaissance de la compagnie, avec derrière, si besoin, de le porter en justice pour que le passager soit indemnisé conformément à ses droits.

9 personnes sur 10 qui sont en droit d'être indemnisées n'ont rien fait l'année dernière, découragées par les pratiques des compagnies aériennes. Ces pratiques là ne dissuadent-elles pas le client de se tourner vers ses compagnies à bas coûts ?

C'est un équilibre économique et commercial à trouver par la compagnie aérienne. J'imagine que Ryanair jusque là estimait que ça lui était favorable. Elle privilégiait un prix très bas avec comme contrepartie des règles d'indemnisations qui n'étaient pas toujours respectées. Peut-être que les mouvements, et l'ampleur que prend cette affaire montrent les limites du modèle et que Ryanair dans les semaines et les mois à venir sera obligé de faire un petit retour arrière, et peut-être avoir une considération plus grande pour ses clients et son personnel.