Grève dans le secteur psychiatrique : "On en est réduit à faire de l'abattage parce qu'on n'est pas assez nombreux"

Plusieurs organisations du secteur psychiatrique appellent à la grève mardi pour dénoncer leurs conditions de travail.

L\'unité d\'accueil des urgences psychiatriques, à Nancy.
L'unité d'accueil des urgences psychiatriques, à Nancy. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Le secteur de la psychiatrie se mobilise mardi 22 janvier. Plusieurs organisations appellent à cesser le travail. Une manifestation est prévue place de la République, à Paris, avant une marche en direction de l'Assemblée nationale. Les soignants dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail : trop de patients par unité, des effectifs d'infirmiers et de médecins insuffisants ou encore la baisse de la qualité des soins.

En 20 ans, plus de la moitié des lits disponibles en psychiatrie ont fermé. Et des pratiques qui avaient presque disparu, comme la contention à l'égard des patients, sont de plus en plus fréquentes. Emma Wieviorka reconnaît qu'il y a recours. "On en est réduit à faire de l'abattage, à prescrire beaucoup plus de traitements et d'avoir recours aux contentions physiques parce qu'on n'est pas assez nombreux", explique cette psychiatre exerçant dans un hôpital parisien. Pour la première fois de sa vie, elle fera grève mardi.

Il faudrait un peu de temps pour discuter avec les patients et éviter le recours à la force pour amener quelqu'un à ce que l'on veut, nous, mais finalement sans avoir réellement eu le temps de prendre en compte le vécu du patient, de voir sa famille.Emma Wieviorkaà franceinfo

Géraldine Doriath fait aussi partie des déçus de la psychiatrie. Infirmière en centre médico-psychologique à Paris, elle doit parfois laisser des patients à la porte, en pleine crise, faute de moyens. Et ça la mine. "Je le vis très, très mal. J'ai choisi de travailler en psychiatrie parce que c'est passionnant mais là, franchement, je suis en colère. En colère contre mon gouvernement, à ceux qui chapeautent tout ça. Je les invite à venir, à passer une semaine."

Aujourd'hui, elle pense même à quitter définitivement la psychiatrie, après 15 ans de pratique. "[Ce serait] avec grand regret parce que ce n'est pas en partant qu'on va régler les problèmes. J'ai encore cette âme-là, cette envie de combattre. Mais, sincèrement, on est un peu dans un épuisement collectif."

"Une psychiatrie déshumanisée"

Une enveloppe de 50 millions d'euros a pourtant été allouée, fin 2018, au secteur de la psychiatrie. Les syndicats parlent simplement d'une rustine. "On ne peut plus accueillir des patients en souffrance, on ne peut plus les hospitaliser parce qu'on ferme des lits, dénonce Nicolas Laadj, secrétaire de la fédération Sud Santé Sociaux. Et comme il n'y a pas de structure alternative à l'hospitalisation, ça veut dire que l'on renvoie ces gens-là à la rue. Quand on parle de psychiatrie déshumanisée, c'est ça."

Syndicats et associations ne comptent pas s'arrêter à cette seule journée de grève. Ils espèrent initier "un printemps de la psychiatrie", avec d'autres mobilisations et un manifeste rempli de propositions pour des soins plus humains.