Grève des urgences : "C'est un problème de management, pas un problème de fric", selon un membre de l'Académie de médecine

Le mouvement de protestation aux urgences dure depuis cinq mois. Guy Vallancien, chirurgien et urologue, pointe un problème d'organisation, plutôt qu'un problème de moyens.

Les urgences de l\'hôpital Pasteur 2 à Nice, le 29 juillet 2019
Les urgences de l'hôpital Pasteur 2 à Nice, le 29 juillet 2019 (MAXPPP)

"Ce n'est pas une prime de 300 euros qui va changer le problème des urgences, c'est un problème de management avant tout, pas un problème de fric", a déclaré vendredi 16 août Guy Vallancien, chirurgien et urologue, membre de l'Académie de médecine, alors que plus de 200 services d'urgences sont en grève en France en cette mi-août. Le mouvement de protestation dure depuis maintenant cinq mois.

franceinfo : Pourquoi la prime mensuelle aux personnels des urgences, annoncée en juin, n'a-t-elle pas suffi à calmer la crise ?

Guy Vallancien : La prime, c'est 300 euros par agent hospitalier. Ce ne sont pas 300 euros qui vont changer le problème des urgences. Ce n'est pas l'argent. C'est une réorganisation profonde de tout le système de santé, à commencer par l'amont, c'est-à-dire la prise en charge de toutes les petites pathologies en dehors de l'hôpital. L'hôpital doit être là pour ce qui est grave. Le reste doit être fait en ville.

La deuxième difficulté vient du fait que les services d'urgences ont du mal à pouvoir caser les malades dans les services de spécialité. Il y a des batailles à l'intérieur de l'hôpital, et les services de spécialité ne veulent pas laisser la place à des malades qui arriveraient par les urgences. Donc là encore, c'est avant tout un problème de management, ce n'est pas un problème de fric. Réorganisons de manière structurée les urgences, et on arrivera à satisfaire la population.

Pourquoi cette transformation du système de santé prend-elle autant de temps ?

Parce que vous avez tous les corporatistes qui s'accumulent, les médecins libéraux qui disent qu'ils sont déjà débordés, les hospitaliers qui ne veulent pas travailler avec les libéraux. On est dans la France "franchouillarde", on est dans le gaulois. Il va falloir donner le la. Je sais que la ministre est décidée à faire des propositions extrêmement fermes d'ici quelques jours.

Des mesures doivent être annoncées par la ministre de la Santé Agnès Buzyn à la rentrée. Qu'est-ce qui peut être engagé de sa part pour calmer la crise ?

La première chose à faire, c'est de donner aux infirmiers, notamment aux infirmiers libéraux, la possibilité d'assurer des soins simples, des soins de maladie bénigne ou de petit traumatisme. C'est la clé. Les infirmières et les infirmiers sont compétents, donnons leur cette possibilité. On n'a pas besoin d'avoir Bac+12 pour aller mettre une petite attelle à un doigt qui a été un peu tordu. Arrêtons cette espèce de volonté française de vouloir toujours avoir un médecin sur son paillasson. Ce n'est pas possible.

Il y a en France 105 000 personnels infirmiers libéraux, sans compter les personnels infirmiers public. On pourrait envoyer les infirmiers aussi, depuis l'hôpital : un appel et on va voir sur place, dans la maison, sur le lieu de travail, sur le lieu de loisir. Regardez les pompiers : on n'envoie pas la grande échelle en premier. Une voiture plus légère vient voir ce qu'est l'incendie, le traite ou fait appel aux renforts. Là on envoie tout de suite l'ambulance avec le médecin, l'infirmier, etc... Ce n'est pas possible.