Gel des salaires et assouplissement des 35 heures : un rapport franco-allemand sème la confusion

Les gouvernements français et allemand recevront, jeudi 27 novembre, un rapport commandé conjointement pour soutenir la croissance. 

Le Premier ministre, Manuel Valls (D), et le ministre de l\'Economie, Emmanuel Macron, à la sortie de l\'Elysée, à Paris, le 20 novembre 2014. 
Le Premier ministre, Manuel Valls (D), et le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, à la sortie de l'Elysée, à Paris, le 20 novembre 2014.  (YANN KORBI / CITIZENSIDE/ AFP)

Avant même sa parution, il provoque l'irritation de la gauche française. Les gouvernements français et allemand doivent recevoir, jeudi 27 novembre, un rapport commandé conjointement pour soutenir la croissance. Ce document prône, pour la France, un assouplissement des 35 heures et un gel des salaires, selon le magazine allemand Der Spiegel. Paris précise toutefois que le rapport n'est pas "finalisé", alors que ces fuites supposées ont mis en colère une partie de la gauche.

Les propositions qu'il contient s'appuient sur le travail de deux économistes, le Français Jean Pisani-Ferry et l'Allemand Henrik Enderlein, qui ont été chargés, à la mi-octobre, par leur gouvernement respectif, de trouver des pistes pour stimuler la croissance dans les deux pays.

Un gel des salaires pendant trois ans en France

Ce rapport, qui doit être présenté à Paris aux ministres de l'Economie, Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel, prévoit "entre autres une flexibilisation du marché du travail en France, ainsi qu'un assouplissement des 35 heures dans de nombreux secteurs. En outre, le document plaide pour un gel des salaires pendant trois ans pour rendre les entreprises françaises plus compétitives", écrit Der Spiegel, qui affirme avoir eu accès au document.

Côté allemand, le texte encourage Berlin à doubler ses investissements dans les infrastructures en Allemagne, selon le journal. Un effort supplémentaire de 20 milliards d'euros d'ici à 2018 devrait être annoncé, au lieu des 10 milliards prévus jusqu'à présent, poursuit le magazine.

Démentis et irritation au PS

"Il ne s'agit pas de propositions des gouvernements français et allemand mais d'un rapport de deux économistes", indique une porte-parole du ministère de l'Economie français. "Ce rapport n'est pas finalisé, il ne peut donc pas être commenté à ce stade. (...) Il s'agit de pistes de travail qui concernent les réformes structurelles et l'investissement", ajoute la porte-parole. De son côté, Jean Pisani-Ferry assure que "le Spiegel n'a pas eu accès au rapport", avant d'ajouter : "Les éléments qu'il publie ne reflètent pas son contenu. Henrik Enderlein et moi ne souhaitons pas communiquer à ce stade".

Ces fuites ont irrité les socialistes. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, s'est opposé lundi à l'hypothèse d'un gel des salaires. Il appelle à "tout faire pour la relance européenne" plutôt que de "rogner les acquis en France". "J'ai envie de dire à Sigmar Gabriel, le patron du SPD [Parti social-démocrate allemand], et à Emmanuel Macron, qui n'est pas patron du PS ni du gouvernement mais est en charge de ce dossier : le problème est moins dans les Etats-Nations - encore que l'Allemagne pourrait relancer - qu'en direction de Bruxelles", a ajouté Jean-Christophe Cambadélis.

De son côté, Bruno Le Roux a invité à la patience. "Pourquoi s'exciter sur un journal allemand alors que vous allez avoir dans quelques jours le rapport posé sur votre bureau ?", a interrogé le chef de file des députés PS. "S'il y a dedans, par exemple, la mesure de revenir sur les 35 heures, alors elle ne sera pas mise en œuvre ici en France", a tranché Bruno le Roux.