Covid-19 : "On a besoin de taxer ces gens qui ont profité de la crise pour financer la facture du coronavirus", estime l'ONG Oxfam

"On a une économie qui est traversée par des inégalités qui existaient avant la crise mais où les inégalités s'exacerbent à cause de la crise", affirme sur franceinfo Quentin Parrinello, porte-parole d'Oxfam France.

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Le président-directeur général de LVMH, Bernard Arnault, intervient lors de la présentation des résultats 2019 du groupe au siège de LVMH à Paris, le 28 janvier 2020. (ERIC PIERMONT / AFP)

"On a besoin de taxer ces gens qui ont profité de la crise pour financer la facture du coronavirus", explique sur franceinfo lundi 25 janvier Quentin Parrinello, porte-parole d'Oxfam France. Dans son dernier rapport, Oxfam met l'accent sur l'évolution des inégalités économiques depuis le début de la pandémie de Covid-19. Cette étude révèle que depuis le premier confinement français depuis la mi-mars, la fortune cumulée des dix personnes les plus riches du monde a augmenté de 540 milliards de dollars. L'ONG estime qu'il y a "un deux poids, deux mesures dans le 'quoi qu'il en coûte', puisque ce volume d'argent, on ne le retrouve pas dans les politiques de protection des plus vulnérables, que ce soit en France ou dans les pays en développement", regrette Quentin Parrinello.

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franceinfo : D'où vient cet argent gagné par les milliardaires, vu que l'économie connaît des difficultés à cause de l'épidémie ?

Quentin Parrinello : On a une économie qui est traversée par des inégalités qui existaient avant la crise mais où les inégalités s'exacerbent à cause de la crise. Et tout le message qu'on veut faire passer à travers ce rapport, c'est que si les milliardaires ont retrouvé leur niveau de fortune qu'ils avaient avant la crise en si peu de temps, en à peine neuf mois, ce n'est pas grâce à la main invisible du marché. C'est parce qu'on a décidé de mettre sur pied des plans de relance et des centaines de milliards de dollars injectés dans les marchés financiers. Et tout ce qu'on veut montrer, c'est finalement un deux poids, deux mesures dans le 'quoi qu'il en coûte', puisque ce volume d'argent, on ne le retrouve pas dans les politiques de protection des plus vulnérables, que ce soit en France ou dans les pays en développement.

Ce n'est pas seulement ces plans de relance qui leur permettent de s'enrichir. Par exemple, lorsqu'on parle de Jeff Bezos avec Amazon, lui, les politiques de confinement et de reconfinement peuvent lui porter bonheur ?

Oui, il y a des milliardaires qui ont vu leur fortune augmenter parce que leur business était florissant. Vous avez cité Jeff Bezos. On peut aussi penser Elon Musk mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Typiquement, Bernard Arnault. On peut penser que le luxe n'a pas été particulièrement florissant en 2020. Pourtant, il a vu sa fortune augmenter de plus 40 milliards d'euros en 2020. C'est parce qu'il y a eu une intervention publique pour protéger la dégringolade des marchés financiers et aujourd'hui, il en bénéficie. Et tout l'enjeu, c'est de dire qu'on a besoin de sa contribution à l'effort public. On a besoin de taxer ces gens qui ont profité de la crise pour financer la facture du coronavirus. Il faut vraiment voir les failles de notre modèle économique.

"On le voit bien, il y a des centaines de millions de personnes qui sont en train de basculer dans la pauvreté à cause de la crise et qui pourraient y rester pendant plus de dix ans, nous dit la Banque mondiale si on ne s'attaque pas aujourd'hui aux inégalités."

Quentin Parrinello, porte-parole d'Oxfam France

à franceinfo

Ça veut dire qu'on a un modèle économique qui ne rémunère pas assez les métiers qui ont leur utilité sociale. Il faut qu'on mette les moyens non seulement pour réinvestir dans les services essentiels comme la santé mais aussi faire en sorte que les gens soient payés décemment, qu'on revalorise les bas salaires et les minima sociaux pour rebâtir un modèle économique qui ne bénéficie pas uniquement à une minorité, mais à une majorité de personnes.

Vous reprochez au gouvernement le plan de relance, mais ce plan de relance bénéficie aux grands entrepreneurs milliardaires, mais aussi aux petits artisans, aux petites PME qui, eux, ne font pas partie du classement Forbes des plus grandes richesses mondiales ?

Absolument il n'y a pas tout qui est à jeter dans ce plan de relance et dans les mesures d'urgence, soyons clairs. Notamment le chômage partiel. Ça a été une bonne mesure et Oxfam a souligné dès son adoption et on peut voir à quel point l'adoption d'une mesure rapide de protection de l'emploi a été efficace. Le problème, c'est que le chômage partiel, typiquement, si on reprend cet exemple, ça marche très bien lorsque vous êtes en CDI, ça marche beaucoup moins bien lorsque vous êtes un travailleur précaire ou lorsque vous êtes une personne qui est sans travail ou qui travaille dans l'économie informelle. Et tout l'enjeu aujourd'hui, c'est de remettre la lutte contre les inégalités et la pauvreté au cœur de la réponse. Sinon, on va faire face à une vague d'augmentation de la pauvreté. Et tous les signaux sont déjà là pour nous dire qu'on est face à cette vague avec plus de 8,5% de bénéficiaires du RSA pendant le premier confinement. On est avec 8 millions de personnes à l'aide alimentaire. Nous sommes la septième puissance économique mondiale. On est face à une vague de pauvreté et toutes les associations de lutte contre la précarité tirent la sonnette d'alarme. C'est pour ça qu'il faut remettre la lutte contre les inégalités au cœur de la réponse.

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