Retards de paiement d'EDF vis-à-vis de ses fournisseurs : "C'est un problème culturel dans nos grandes entreprises"

Accusé de payer en retard ses fournisseurs, le groupe EDF s'est vu infliger une amende record de 1,8 million d'euros pour des retards de paiement vis-à-vis de ses fournisseurs.

François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), le 5 janvier 2017 à Puteaux (Hauts-de-Seine)
François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), le 5 janvier 2017 à Puteaux (Hauts-de-Seine) (ERIC PIERMONT / AFP)

"C'est gravissime", a déploré jeudi 1er août sur franceinfo le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), François Asselin. Il pointe du doigt les retards de paiement très fréquents des grandes entreprises vis-à-vis de leurs fournisseurs. EDF s'est vu infliger une amende record de 1,8 million d'euros pour ce motif, a annoncé jeudi le ministère de l'Économie. Derrière un groupe comme EDF, de nombreuses PME dépendent des paiements en temps et en heure, et se retrouvent parfois "dans des situations inextricables", souligne François Asselin.

franceinfo : Quels sont les problèmes rencontrés par les PME, quand un client comme EDF paye en retard ?

François Asselin : Aujourd'hui, nous sommes à 19 milliards de manque de trésorerie à cause du non-respect des délais de paiement. Pour les PME, qui constituent 99% des entreprises de notre pays, ce sont des enjeux considérables.

Cela pose des problèmes directs. Dans la PME, quand vous n'avez pas en trésorerie l'argent que vous doivent vos clients, vous devez quand même payer vos fournisseurs. Si nous ne les payez pas, ils ne vous livrent plus, et vous ne pouvez plus fonctionner. Un quart des PME se retrouvent dans des situations inextricables par manque de trésorerie. Par conséquent, l'activité est en suspens, et nous assistons à des défaillances d'entreprise. Ce sont également des emplois qui disparaissent. C'est gravissime.

Il semblerait que les grands groupes sont ceux qui paient le moins rapidement leurs fournisseurs, alors qu'ils ont a priori les moyens de le faire. Est-ce un mode de fonctionnement de leur part ?

C'est très révélateur. Dans les états-majors de ces grands groupes, vous pouvez avoir des gens convaincus qu'il faut payer en temps et en heure ces PME qui sont leurs fournisseurs. Pour autant, dans l'ensemble de la sphère de responsabilité de ces grandes entreprises, le message ne passe pas. Il y a un énorme client dont on ne parle pas souvent : c'est la sphère publique, qui ne montre pas toujours le bon exemple en matière de respect de ces délais. 

Qu'est-ce que cela rapporte aux grandes entreprises de payer en retard ? Est-ce de la négligence, ou y ont-elles intérêt ?

Il y a les deux : la négligence, mais aussi les bénéfices. Bien souvent ces grandes entreprises regardent le montant qu'il y a en caisse. Lorsqu'on paye en retard ses fournisseurs, on augmente cette masse financière en interne, ce qui fait que la présentation bilancielle est bien plus positive que lorsque vous payez en temps et en heure vos fournisseurs. C'est aussi parfois un mode de gestion qui est délétère, puisque cela fragilise les plus petits que sont les PME.

Ces "dénonciations" pour retards de paiement ont également un impact sur l'image des entreprises...

Ce n'est pas très glorieux de devoir dénoncer pour pouvoir résoudre les problèmes. Il y a quelques années, EDF avait eu un label pour récompenser la bonne relation client-fournisseur. Aujourd'hui c'est l'inverse. Environ 10% des factures que doit honorer le groupe ne respectent pas les délais de paiement.

C'est un problème culturel dans nos grandes entreprises en France, et il faut s'atteler à résoudre ce problème, qui est important pour l'ensemble de l'économie française. Malheureusement, nous sommes à une période, au mois d'août, où la pile de factures passe après beaucoup de choses. C'est regrettable.