Lufthansa accusée d'avoir fiché illégalement ses salariés en France

Le document, d'une dizaine de pages, comprenait des commentaires parfois accablants sur les employés.

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La plainte, déposée début novembre, vise des faits d'"atteinte aux droits de la personne". (FEDERICO GAMBARINI / AFP)

"Manque de maturité", "extrêmement engagé", "a participé à la grève", "la léthargie en personne"… Ces commentaires, inscrits aux côtés de noms de salariés travaillant à l'aéroport de Roissy, valent à la compagnie aérienne Lufthansa d'être visée par une plainte d'un syndicat français, a-t-on appris vendredi 8 novembre.

La plainte, déposée début novembre au parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis) par un responsable syndical de la compagnie et par le syndicat Unsa Transport, vise des faits d'"atteinte aux droits de la personne", a indiqué l'avocat des plaignants. Le fichier incriminé, un document d'une dizaine de pages rédigé à la main et en allemand, "a été découvert par hasard" sur le bureau d'un cadre de Lufthansa, alors directeur d'escale de la branche française de la compagnie.

"Parfois, il est question de leurs activités syndicales, parfois de leur état de santé ou de leur famille, souligne l'avocat. Pour un salarié, il est écrit qu'il est séropositif. Pour un autre, qu'il a un enfant handicapé. Pour une autre encore, qu'elle a un mari indien."

L'auteur du document muté en Allemagne

La compagnie aérienne, qui a confirmé l'existence de ce document, "regrette le fait que ces notes [aient] été prises, dans la mesure où elles ne reflètent d'aucune façon les valeurs" de la compagnie, a indiqué un porte-parole. "Pour cette raison, Lufthansa a immédiatement pris des mesures disciplinaires et a remplacé le manager responsable", a-t-il ajouté.

Remplacé, mais pas remercié : selon Franck Bonot, délégué syndical Unsa, l'auteur du document a simplement été muté début août en Allemagne. Il y occupe désormais la fonction de directeur d'escale Europe. "Il n'y a pas eu de sanction, sa mutation s'apparente plutôt à une promotion", assure le responsable syndical, qui estime que le "fichage était institué dans l'entreprise".

A l'appui de cette accusation : une mention inscrite en haut du document, "transmission CDGSL" (nom donné à l'escale de Roissy-Charles-de-Gaulle). La preuve, selon lui, que le fichier était "destiné à être transmis" et "diffusé" entre dirigeants. Franck Bonot, qualifié de "rat gauchiste" dans le document, y voit la manifestation "d'une culture de surveillance au sein de l'entreprise".