La fusion d'Alcatel-Lucent avec Nokia est-elle une bonne nouvelle ?

L'opération doit permettre au nouveau groupe d'être plus performant dans les télécoms, mais la France perd un fleuron de son industrie et des emplois pourraient être menacés.

Le siège d\'Alcatel-Lucent, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 14 avril 2015.
Le siège d'Alcatel-Lucent, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 14 avril 2015. (CITIZENSIDE /PAUL-MARIE GUYON / AFP)

En fusionnant, ils veulent devenir le champion des équipementiers télécoms dans le monde. Nokia et Alcatel-Lucent ont annoncé, mercredi 15 avril, qu'ils se mariaient pour le meilleur. Et pour le pire ? Francetv info se demande si cette fusion est une bonne nouvelle.

Oui, c'est une aubaine pour Alcatel-Lucent

Alcatel revit. Pourtant, le groupe a risqué la faillite en 2013 après une fusion ratée avec l'américain Lucent. "Cette opération, destinée à créer le champion mondial du secteur [des télécoms] tourne au fiasco. Les cultures des deux entreprises ne se marient pas. La direction bicéphale de Patricia Russo et Serge Tchuruk se déchire, et le groupe rate le tournant de la téléphonie mobile 3G", rappelle Le Figaro. Il a fallu faire venir un ancien de France Télécom, Michel Combes pour redresser le groupe et lui permettre de reprendre son souffle. A la fin 2014, Alcatel a renoué avec les bénéfices.

Mais en s'alliant à Nokia (qui pèse deux fois plus lourd), Alcatel-Lucent passe à la vitesse supérieure. Les chiffres donnent le vertige. La fusion "permettrait au nouveau groupe de dépasser le numéro un mondial Ericsson, avec un chiffre d'affaires de 26 milliards d'euros et 110 000 salariés", selon Les Echos. "Le nouvel ensemble disposera de 40 000 chercheurs et d'un budget de R&D (recherche et développement) frôlant les 5 milliards de dollars", ajoute Le Figaro.

Une bonne nouvelle, car "sur ce marché, il faut avoir une taille critique pour continuer à croître, investir suffisamment en R&D et rivaliser face aux deux géants Ericsson et Huawei, considère Sylvain Fabre, du cabinet Gartner, interrogé par Les Echos. Ce n’était pas le cas pour Alcatel-Lucent, ni pour Nokia".

Le groupe serait désormais à même de lutter contre les Chinois Huawei et ZTE. D'autant que les liens américains d'Alcatel doivent permettre à Nokia, bien implanté de son côté en Europe, de décrocher de nouveaux marchés. Enfin, Nokia bénéficierait du travail d'Alcatel sur les réseaux fixes. Bref, pour Les Echos, "le nouvel ensemble aurait ainsi les capacités techniques et les ressources financières pour être bien positionné dans la bataille pour la 5G, qui sera le produit de la convergence entre toutes les technologies fixe et mobile".

Mais c'est un nouveau fleuron de l'industrie française qui est avalé par un groupe étranger...

Un fleuron de l'industrie française (Alcatel a participé à la création du TGV, par exemple) passe à nouveau sous pavillon étranger. Après Péchiney, Arcelor, Alstom Energie, Alcatel-Lucent est absorbé par un groupe étranger, finlandais en l'occurrence. "Le salut - tout relatif - sera venu de l'étranger, au grand dam des tenants du 'patriotisme économique'", relève Libération, qui y voit "un nouveau symbole du déclin industriel français".

Le Figaro ajoute que "le CAC 40, dont beaucoup des plus beaux représentants se sont construits à coups de rachat à l'étranger, peine aujourd'hui à être à l'initiative".

... et ça n'a pas toujours été un succès

Nokia a prévenu qu'il ne prévoyait pas de suppressions d'emplois supplémentaires à l'issue du plan de restructuration. Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, a ajouté qu'il sera "extrêmement vigilant à la préservation de l'emploi sur l'ensemble des sites productifs français. Je pense en particulier aux sites de Lannion (Bretagne) et Villarceaux (Essonne)".

Mais les syndicats ont demandé à être reçus "au plus vite" par le ministre. "Ce rachat d'Alcatel-Lucent par Nokia ne peut évidemment que nous inquiéter au vu des redondances, au niveau mondial, d'activités, de produits et de métiers entre les deux entreprises de plus de 50 000 salariés chacune", ont-ils souligné dans un communiqué commun.

"Malheureusement, on sait bien que 1+1 ne fait jamais 2 dans ce genre de situation", résume un syndicaliste aux Echos. D'autant que ce type d'opération ne se passe pas toujours bien et peut mettre du temps avant d'être fructueuse. "Deux malades dans le même lit ne font pas forcément un corps sain et vaillant", juge un ancien cadre d'Alcatel joint par Libération.

Le quotidien rappelle qu'"en dix ans, les effectifs de Nokia ont été divisés par deux pour atteindre 62 000 salariés". Côté Alcatel, la fusion avec Lucent a conduit à une succession presque annuelle de suppressions d'emplois. Une saignée. "Alcatel devrait plus souffrir que Nokia qui a déjà dégraissé au maximum", selon Daniel Djuberg, analyste suédois interrogé par Libération.