Bridgestone : le groupe fait "une espèce de chantage" pour que l'Etat l'aide à investir, selon un économiste

Selon l'économiste Bernard Jullien, les investissements doivent être "bien plus conséquents" pour espérer sauver l'usine de Béthune. Pour autant, "il faut tourner la page du pneu", affirme de son côté Marguerite Deprez Audebert, députée Modem du Pas-de-Calais.

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Des salariés et représentants du personnel devant l'usine de Béthune, le 17 septembre 2020. (DENIS CHARLET / AFP)

Un investissement de l'Etat pour sauver le site Bridgestone à Béthune serait-il une bonne solution ? Pour l'économiste et spécialiste du secteur automobile Bernard Jullien, la position de Bridgestone est "une espèce de chantage" qui dit à l'Etat français : "Si voulez que nous fassions les investissements que nous ne nous apprêtions pas à faire, il faut que la puissance publique mette la main à la poche", explique-t-il, lundi 21 septembre sur franceinfo, quelques heures avant une réunion entre le gouvernement, les élus locaux, les syndicats et la direction de Bridgestone. Les ministres du Travail et de l'Industrie, Élisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher, vont tenter de sauver les 863 emplois de l'usine, dont la fermeture a été brutalement annoncée la semaine dernière.

Un chantage financier pour l'Etat français

Selon l'économiste, "ça intervient très tardivement dans une conjoncture qui est particulièrement mauvaise et alors que Bridgestone a, depuis au moins 15 ans, investi massivement sur d'autres sites et finalement organisé une répartition de l'activité en Europe qui n'a pas été favorable à Béthune. Remonter la pente aujourd'hui passerait par des investissements bien plus conséquents que ceux qui étaient prévus", juge-t-il.

Bridgestone a déjà renoncé à fermer une usine en Italie après un investissement massif de l'Etat italien. "Ça peut être la même chose en France, reconnaît Bernard Jullien. Mais ça correspond à une espèce de chantage fait par les grands investisseurs internationaux comme Bridgestone aujourd'hui, qui disent 'si voulez que nous fassions les investissements que nous ne nous apprêtions pas à faire, il faut que la puissance publique mette la main à la poche'".

Aujourd'hui, on a, dans l'urgence, des réactions extrêmement vigilantes, colériques, qui détonent avec ce qu'ont été les positions défendues par les mêmes depuis 20 ans maintenant.

Bernard Jullien, économiste

à franceinfo

Selon le spécialiste, "c'est évidemment compréhensible en 2020 pour essayer de sauver ces emplois qui sont essentiels dans cette région-là, mais en même temps on sent bien que le travail sur la ré-industrialisation, l'intention de ré-industrialisation exige une réforme un peu plus fondamentale des manières de regarder les politiques européennes que celles qui se dessinent."

"Il faut tourner la page du pneu"

Pour Marguerite Deprez Audebert, députée Modem du Pas-de-Calais et ancienne cheffe d'entreprise, "on ne peut pas obliger un industriel, a fortiori s'il est japonais, à garder une usine qui n'est pas rentable". Sur franceinfo, la députée explique qu'il est "normal que le maire de Béthune et le président de Région veuillent garder ce site, se battent pour ce site. 

Je pense qu'il faut tourner la page du pneu parce que le marché mondial est baissier. D'ailleurs, on fait tout pour qu'il y ait moins d'automobiles. Il faut se projeter dans l'avenir.

Marguerite Deprez Audebert, députée Modem

à franceinfo

Et pour la députée, l’avenir c’est la future usine de batteries qui va s’installer dans la région : "À moyen terme, on parle de cette usine de batteries qui va être implantée à 10 kilomètres de Béthune sur la zone de Douvrin. Il va falloir faire des connexions entre la zone de Douvrin et la zone industrielle de Béthune. 10 km ce n’est rien. En plus, elles sont toutes les deux au bord d'un canal. Moi, je pense qu'il faut faire un cluster industriel autour de ce projet", a-t-elle expliqué.

Certains demandent le remboursement des aides publiques reçues par le groupe japonais. Marguerite Deprez Audebert estime que Bridgestone "n’a pas reçu tant que ça. Il y a eu 1,8 M d'euros de CICE, comme beaucoup d'entreprises, qui se transforment en baisse de charges très utiles et nécessaires pour la compétitivité de nos entreprises. Je ne pense pas qu'il faille demander ça surtout que l'entreprise a beaucoup contribué à l'économie locale avec les salaires, les taxes locales", a-t-elle estimé.

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