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Achat d'UraMin par Areva : pourquoi une enquête a-t-elle été ouverte ?

Tandis que la Cour des comptes doit rendre, en mai, un rapport définitif sur le groupe nucléaire français durant la période 2006-2012, le rachat de la société canadienne UraMin en 2007 fait l'objet d'une enquête préliminaire. 

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La centrale nucléaire Areva du Tricastin (Drôme), le 4 avril 2011. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Les conditions du rachat d'UraMin par Areva sont suspectes, estime la Cour des comptes. Cette acquisition du géant français du nucléaire, datée de 2007, fait l'objet d'une enquête préliminaire menée par le parquet national financier, a indiqué une source judiciaire, jeudi 10 avril. 

Francetv info revient sur le fond de cette affaire qui, selon Le Monde, a privé l'ancienne présidente du groupe, Anne Lauvergeon, d'une place dans le nouveau gouvernement de Manuel Valls.  

C'est quoi, UraMin ? 

UraMin était une société canadienne d'exploration minière. Racheté par Areva – dont l'Etat est actionnaire – en 2007, elle était propriétaire de gisements d'uranium sur le continent africain : en Namibie, en Centrafrique, en Afrique du Sud, au Sénégal ainsi qu'au Niger. Pour Areva, mettre la main sur UraMin devait lui permettre d'accroître ses ressources en uranium, utilisé comme combustible dans les centrales nucléaires. 

Pourquoi ce rachat est-il "suspect" ? 

Le problème, c'est que s'offrir UraMin s'est révélé être une opération catastrophique pour Areva. Achetée 2,5 milliards de dollars, la société n'a pas franchement tenu ses promesses : le groupe aurait largement surévalué les réserves d'uranium présentes dans les mines d'UraMin, payant beaucoup trop cher les actifs en question. D'ailleurs, après le départ d'Anne Lauvergeon en 2011, Areva a divisé par cinq la valeur comptable d'UraMin. Enfin, Le Monde indique que la direction du groupe "a fait apparaître tardivement dans ses comptes cet achat controversé". 

Pour l'avocat d'Areva, Jean-Pierre Versini-Campinchi, interrogé par Le Monde, "le rachat d'UraMin ne constitue pas la meilleure affaire qu'ait faite Areva, [mais] ce n'est pas un délit d'acheter une société trop chère".

Comment expliquer ce fiasco ? 

Pour Marc Eichinger, l'auteur d'un audit réalisé en 2010 pour le groupe, et publié début 2012, Areva aurait été victime d'une escroquerie. 

Un rapport de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, remis la même année, en a largement repris les conclusions, pointant des "dysfonctionnements". Il explique qu'Areva n'aurait pas procédé à toutes les vérifications nécessaires avant acquisition, tandis qu'un rapport trop élogieux sur la santé des sites miniers aurait été remis à l'Agence des participations de l'Etat, chargée de donner son aval. Il est donc question de faire la lumière sur ces différents points.  

Or, selon Anne Lauvergeon, ex-présidente du groupe nucléaire, les dépréciations des actifs miniers d'Arera découlent "pour l'essentiel" de l'effondrement des cours de l'uranium consécutif à la catastrophe de Fukushima, au Japon.

Où en est l'enquête ? 

Selon Le Monde, la Cour des comptes doit rendre en mai un rapport définitif sur le groupe nucléaire français durant la période 2006-2012, ce qui inclut donc l'épisode du rachat d'UraMin. C'est elle qui a alerté le parquet national financier, lequel a ouvert une enquête. Cependant, rapporte encore le quotidien du soir, elle ne devrait débuter complètement qu'après la remise du rapport de la Cour des comptes. 

Anne Lauvergeon est-elle en cause ? 

L'ancienne présidente d'Areva se défend d'avoir joué un rôle dans cette acquisition. Ses détracteurs la rendent responsable de cet investissement désastreux, voire l'accusent même d'avoir dissimulé certains éléments au conseil de surveillance et à l'Etat actionnaire au moment de l'achat. Mais une enquête interne au groupe a blanchi l'ex-dirigeante dès février 2012.

Dans un communiqué transmis à l'AFP, elle a de nouveau indiqué que l'acquisition d'UraMin était considérée comme "stratégique à l'époque", soulignant qu'"elle a été soumise et validée par toutes les instances de décision du groupe, et les règles de gouvernance ont été respectées".

"La direction d'Areva, ainsi que les autorités de tutelle, se sont ainsi vues communiquer tous les éléments d'information sur cette opération", a-t-elle ajouté. Quant à son avocat, il assure que sa cliente n'a pas eu à gérer cette opération, qui relevait de la compétence de "Luc Oursel [son successeur à la tête du groupe] et [de] Sébastien de Montessus, alors directeur des activités minières du groupe". 

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